Les USA se sont félicités (on se demande pourquoi ce n'est pas grâce à eux) des réformes votées par la Turquie, notamment l'abolition de la peine de mort. A la place des Turcs je "m'inquiéterais" du retard pris dans le calendrier américain sur l'abolition de cette même peine dans leur constitution. Les moutons américains ont encore de beaux jours devant eux, là-bas les familles des condamnés à mort ne sont pas près de fêter ça.
08 août 2002
Moutons américains
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Sandrine Alexie
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06 août 2002
Mouton kurde
A l'annonce de l'abolition de la peine de mort en Turquie, la famille d'Öcalan s'est dépêché de sacrifier un animal, selon l'AFP. Donc Öcalan a été gracié, mais pas le mouton. On savait qu'il se prenait pour Jésus-Christ, il ne lui manquait plus que de se mettre dans la peau d'Isaac ou Ismaël. Tiens oui, au fait, pour ceux qui s'interrogent sur les positions du PKK envers Israël, autant lui demander : Isaac ou Ismaël ?
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Sandrine Alexie
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28 juillet 2002
Boutiques
Avant de partir, j'ai fait un tour dans les boutiques d'Istiklal : dommage que je ne sois pas très fringues, il y a des affaires à faire déjà ici, alors dans les autres quartiers... Puis retournée au Galatea, où malgré l'affluence ils avaient réservé ma table - vu que j'avais vaguement promis de repasser - avant d'aller acheter un stock de noisettes pour l'avion : en ce moment, elles sont à peine mures, juste comme je les préfère.
A l'aéroport, les cigarettes en duty free sont plus chères qu'en ville : ils affichent les prix en €... et reconvertissent en lires en comptant un taux de change pas spécialement avantageux !
Dans l'avion, le blues qui est là par intermittence depuis 2 jours me reprend, devant Istanbul qui devient ville de poupées avant de disparaitre. C'est à chaque fois la même chose : j'ai un mal fou à partir ! Heureusement que cette fois, ce n'est pas pour trop longtemps...
Rions un peu
Tiens, marrant que tu parles d'Öcalan (au passage, le pauvre James n'a pas mérité ça), moi j'ai vu deux de ses sbires ! Toujours aussi courageux le Parti : zont attendu que je sois seule (of course) pour venir me demander quand je partais... A première vue, ils avaient l'intention de m'encourager vivement à le faire, mais ça s'est terminé (comme d'hab) en cafouillage bredouillant, suivi de la retraite piteuse et passablement précipitée dont le PKK est coutumier. Je serais curieuse de voir le rapport sur le splendide morceau de bravoure qu'ils n'ont pas dû manquer de faire à leurs chefs (qui n'ont pas pris le risque de venir m'affronter, eux, en direct). Ca doit avoir une vague ressemblance avec le récit des hauts faits de Rasit expliquant à qui voulait l'entendre (une fois en sécurité) comment il a - de toute sa taille de roquet - imposé silence à Ahmet Zeki, Mustafa et Mihemed à DOZ !!! Enfin là, je ne sais pas de quoi ils ont eu le plus peur : de moi ou du réceptionniste qui était devant l'hotel et qui m'a saluée du haut de ses 1,30 m ! Remarque je suis méchante, vu qu'il y a quand même de l'amélioration : cette fois-ci, ils ne s'y sont risqués qu'à 2 !!!
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Ulysse
Pauvre James ! Voilà : je lui confie un de mes grands amours et elle manque le transformer en merguez. Ce n'est pas parce qu'Öcalan a juré qu'Ulysse était un de ses livres de chevet (il cale le pied droit du chevet de sa chambre, en fait) qu'il faut le transformer en martyr flambé au whisky !
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25 juillet 2002
OVNI
Apres un apres midi bien rempli, je décide de flaner un peu dans le quartier : il devient vraiment de plus en plus sympa et ça tombe bien, j'ai trouvé l'agence immobiliere du coin. Ils ont quelques locations intéressantes en vitrine avec des prix abordables, mais a coté de Paris, c'est vrai que tout parait abordable. De toute façon, faudrait voir sur place l'état de ce qu'ils proposent, les mauvaises surprises étant courantes...
Diner en plein air en tete a tete avec James Joyce dans une petite rue piétonne perpendiculaire a celle de l'hotel. Les serveurs en chef sont en bleu, les autres en jaune. Les jaunes n'ont visiblement pas l'autorisation de m'approcher (pour les autres tables, ils peuvent) et 3 bleus se relaient en permanence pour s'occuper de moi, pendant que 2 françaises a la table d'a coté essaient vainement d'attirer leur attention. Il y en a meme un qui tient a découper mon poisson : c'est gentil, mais il a surtout réussi a disperser les aretes dans la chair... Ils sont tellement empressés que je crains un instant qu'ils ne se proposent pour me le pré-macher mon poisson ! Celui qui m'a allumé une bougie (''for you'' qu'il a dit) a failli mettre le feu a James et je me fais gronder par un autre parce que j'ai allumé ma clope toute seule avec MON briquet...
Ce matin, la curiosité me pousse a visiter le musée des UFO (OVNI) : l'entrée est a 4 millions, et le réceptionniste ne comprend pas pourquoi je refuse d'etre étudiante ou prof, ce qui lui aurait permis de me vendre un billet demi tarif. Il n'y a visiblement pas d'autres visiteurs et je ne suis pas sure qu'ils en prévoyaient, vu que je dois attendre quelques minutes, le temps qu'ils allument le parcours. On me précise que je peux prendre des photos... Je veux bien, mais de quoi ? L'expo consiste principalement en un étalage de coupures de presse en turc et en anglais. Les premiers panneaux tentent de démontrer que la plupart des cultes anciens étaient destinés a rendre hommage aux aliens, les divinités égyptiennes ou autres n'étant en fait que la reproduction des copains de ET. Suit une collection d'articles de journaux, photos a l'appui, pour prouver que le phénomene est bien réel et qu'il a été observé a de nombreuses reprises a travers toute la planete. Yeni Asir du 13/06/2001 m'apprend qu'un OVNI a été repéré également en Turquie : une caméra de la Turkish polis de Gaziantep l'a meme imortalisé ! Faut beaucoup d'imagination pour voir un vaisseau de l'espace dans la ''preuve photographique'' qui accompagne l'article... je ne dois pas en avoir assez, et la reconstitution de l'otopsi de l'alien de Roswell n'arrive pas plus a me convaincre, mais son gout plus que douteux me fait passer un bon moment. En sortant, le jeune a l'accueil me supplie presque de participer a une campagne de signatures : je souscris (sous un nom bidon) ; dommage que mon anglais approximatif ne m'ait pas permis de déterminer si j'avais signé pour ou contre E.T. !
24 juillet 2002
Papotages
Hier, apres l'internet café, je retourne a l'hotel pour prendre mon matériel. J'hésite encore entre balade sur le Bosphore et les iles aux princes. Coup de fil de Rino, ce qui regle la question : ce sera cafés pour une bonne partie de la journée et papotages avec des Turcs d'origines diverses. Quand je dis une bonne partie de la journée, c'est pour la forme, a moins de considérer que rentrer a 5 heures du mat fasse partie de la meme journée...
Sur le chemin du retour - vu l'heure, j'ai accepté une escorte - ils dénigrent bien évidemment mon hotel. Avec eux, faudrait passer son temps à changer pour aller dans un qu'ils connaissent : moins cher, plus mieux... j'ai autre chose a faire. Le réceptionniste - qui m'avait vue rentrer a 21 h avec une satisfaction évidente, et ressortir a 22 avec un étonnement douloureux - est carrément mort d'inquiétude. Il a l'air tellement soulagé de me voir rentrer que je me demande si je n'aurais pas du passer un coup de téléphone pour prévenir que les aliens ne m'avaient pas enlevée... mais rendre des comptes sur mon emploi du temps a un hotelier - fut-il turc ou kurde - franchement, j'hésite un peu !
A part ça, le cours de l'euro hier était : 1 650 000 TL... et j'ai un probleme épineux a résoudre : comment apporter ici mon 400 qui n'a aucune chance de passer inaperçu - sans que ce soit pris pour de la provoc - Minolta ayant eu la facheuse idée d'appeler sa gamme APO !?!
23 juillet 2002
Premier matin seule
Ce matin, je suis prete a 8 h 30 : la marmotte étant a Paris, je vais pouvoir profiter d'Istanbul plus tot (j'adore cette ville) au lieu d'attendre qu'elle émerge.
Petit dej au Barcelona - le serveur qui n'a pas l'habitude de me voir seule est brusquement intimidé - avant d'aller me renseigner au Consulat pour des cours de turc. Evidemment, personne n'est au courant et certains me regardent d'un air perplexe en se demandant ce qu'ils ont bien pu faire pour que je vienne leur poser a eux une pareille question... Apres hésitations, ils finissent quand meme par avancer ''Tömer'' (merci, ça j'avais déja) a Sisli (bonjour la précision !). Heureusement, j'avais déja relevé l'adresse sur une affiche dans un internet café plus performant sur le sujet que le Consulat !
Ecevit - qui bloque sur des élections anticipées - invoque comme argument qu'il y a un risque que le HADEP dépasse les 10 % de suffrages et que les Kurdes aient ainsi des représentants au Parlement. Le meme qui prétendait il y a quelques jours vouloir étonner les Européens (en faisant voter rapidement les réformes réclamées par l'UE sur les droits de l'homme) trouve visiblement normal que plus de 15 millions de citoyens turcs n'aient pas le droit a la parole... Il a suivi des cours de démocratie au PKK le Monsieur ?
Rencontres pro-Turcs
Hier avant de prendre son avion, Sandrine me conseille de souffler au PKK d'essayer la liberté forcée pour changer ses librement prisonniers... bonne idée, voila qui est fait !
Apres son départ - elle est bien arrivée, son avion n'étant pas tombé comme elle en avait la certitude - je change de chambre pour une single (15 euros avec petit dej) et téléphone a Sab qui n'est a Istanbul que pour une journée : rendez-vous dans 2 heures. Sab est comme Rino une pro-turcs enragée. Nous nous sommes connus sur un forum ou nous avons passé quelques semaines a nous incendier grave par Web interposé (pro-turcs contre pro-kurdes), jusqu'au naufrage de l'East Sea, ou nous avons préféré faire front commun contre des détracteurs de la Turquie qui n'y avaient évidemment jamais mis les pieds. Depuis, ils admettent que les Kurdes existent en Turquie et qu'ils ne sont pas les seuls responsables de 15 ans de guerre, et nous on est d'accord pour admettre que tous les Turcs ne sont pas des brutes sanguinaires. On essaie de se rencontrer, quand c'est possible, au fil des voyages des uns et des autres entre Istanbul et Paris.
Je décide ensuite d'aller manger des pates chez Gino - apres un mois de kebap, je ne m'en lasse pas - ou un serveur qui ressemble a Joe Dassin jeune s'arrange pour me passer toute la musique francaise has been qu'il a en stock : il est tellement persuadé me faire plaisir que je n'ai pas le courage de lui enlever ses illusions...
21 juillet 2002
Démocratie made in PKK
On passe (comme d'hab) pas mal de temps a la terrasse des cafés, histoire de rester a l'ombre et observer Istanbul. Ils ont déja mis des affiches pour le centenaire de la République qui aura lieu... en 2023 ! Il y a de plus en plus de vendeurs de barbe a papa sous sachets plastique, et moins drole, les jeunes commencent a se shooter a la colle. Il y a moins de gosses qui mendient dans la rue, mais comme la situation économique ne s'est pas améliorée, je suppose que la ville a pris des mesures pour montrer une façade clean aux étrangers.
La visite du musée archéologique (entrée : 5 millions) nous a fait passer quelques heures sympa., hors du temps et ''loin'' des touristes qui s'entassent tous juste a coté a Topkapi.
A part ça, l'un de mes correspondants m'appelle au secours pour que je lui fournisse une explication sur la santé mentale des dirigeants du PKK : ''Avant on nous interdissait de nous marier, maintenant on nous y oblige !'' Désolée, mais ça fait 2 ans que je tente (vainement) de leur fournir quelques notions de démocratie : ils ont appris a dire ''Avant de demander le respect des droits de l'homme, nous devrions nous memes les respecter''. C'est déja un début et j'ai bon espoir que d'ici quelques années, un esprit un peu moins obtus arrive a entrevoir et expliquer a ses petits camarades que dire c'est bien, mais qu'agir c'est mieux. Pour l'instant, ils sont malheureusement trop occupés a essayer de bazarder le HADEP (A ce sujet, si quelqu'un sait pourquoi la Cour Constitutionnelle ne s'est toujours pas prononcée, ce serait sympa de me donner l'explication) et a tenter de me faire lacher prise sur Vlad, toujours maqué depuis pres de 2 ans (j'attends avec curiosité les prochaines tentatives visant a me faire croire qu'il est librement prisonnier) et ce n'est malheureusement pas le seul...
Au fait, je tiens a préciser que les propos fallacieux contre les Dersimis n'engagent que leur auteur...
Musée archéologique
Notre emploi du temps à Istanbul traîne paresseusement. Lever tard, vers neuf heures, on se retrouve vers 11 heures à la pasta Barcelona où je mange une pizza et Roxane deux poghaça. Plus pas mal de nescafé au lait, il est bon ici, autant en profiter. Ensuite, à la librairie Robinson Crusoé où l'on trouve un nombre impressionnant de titres français et anglais. Je n'y ai pas trouvé le dernier Orhan Pamuk (je les achète presque toujours ici) mais pris un très bon polar se passant dans la Rome de Sylla.
Ensuite, Ara Café. Il vient juste d'ouvrir, en face du lycée de Galata Saray, juste à côté des PTT. Pas mal de boissons fraîches, des tables à l'extérieur, au milieu de verdure. Le quartier de Pera Galata regorge d'endroits comme celui-ci, à la fois branchés et sympathiques (la combinaison de ces deux qualités ne se trouve jamais à Paris). Après les quelques communications téléphoniques d'usage, on règle les tâches du jour : gens à voir, ou endroits.
Là nous avons passé toute l'après-midi au Musée archéologique, à côté de Topkapi Sarayi. Très agréable, bien fait, comme musée. Orient ancien, avec pas mal de vestiges assyro-babyloniens, et assez inattendu : de belles stèles de l'Arabie et du Yémen antiques, tres intéressantes par leur parenté avec l'art mésopotamien.
Puis le pavillon des sculptures gréco-romaines. Très beaux marbres, il est vrai que nous sommes ici dans la seconde Rome. Une belle sculpture d'Athéna m'a tapé dans l'oeil, une copie romaine en marbre, pas très haute, peut-être 1m20, d'un original grec du 5ème siecle. Statue gracieuse, fine. Ici je donne un truc : pour obtenir quelque chose d'un dieu grec, il faut lui toucher les genoux et le menton : aucune supplique ne peut alors être refusée par un Grec ancien ni par ses dieux. C'était le geste qui obligeait par excellence.
Ensuite, des salles sur l'histoire d'Istanbul de la préhistoire jusqu'à nos jours. Une reconstitution d'habitat paléolithique un peu caricaturale : une grotte à auvent et une hutte à branchages. Cela me rappelle irrésistiblement les cahutes qui avaient été reconstituées en juillet 2001 pour le Festival Culturel de Tunceli, censées représenter l'habitat traditionnel montagnard du Dersim. Suleyman les avait montrées d'un geste emphatique en assurant que nulle part ailleurs au Kurdistan on ne trouvait cela. J'avais failli lui dire que c'était normal, ces intellos maniérés du Botan ayant entre-temps inventé l'architecture... mais maintenant je peux assurer les Dersimis qu'à Istanbul on en trouve encore sauf que les cabanes du Paléolithique Supérieur stambouliot ont l'air un peu mieux construites.
Le soir, repas de poissons à Karaköy.
Puis dernier verre au bar du Pera Palas, son fantastique décor années 30, ses grands fauteuils confortables.
Aujourd'hui, c'est pour moi le dernier jour. Je me demande combien il fait à Paris. Sûrement un peu plus frais. Ici c'est toujours 31 mais avec une humidité et une touffeur presque insupportables.
Visites traditionnelles
Hier, visite traditionnelle chez Swatch. Depuis 1999, on y fait toujours un tour pour une montre ou un bracelet, meme si c'est un peu plus cher qu'a Paris... Resto poissons non moins traditionnel sur les bords du Bosphore, ou il y avait encore le marché aux poissons il y a 2 ans, mais depuis il y a eu pas mal d'aménagements dans le coin. Dommage, j'aimais bien observer le manege des mouettes pour raffler les déchets que leur abandonnaient les vendeurs... Pour 50 millions a 2, on mange tres bien - calamars, rougets, saumon, vin qui a moins le gout de bouchon qu'ailleurs - et le cadre est agréable, d'autant que les serveurs qui commencent a nous connaitre sont ravis de venir demander des nouvelles et faire la causette. A Istanbul, je fais toujours une cure de poisson : il est frais et les Turcs savent le faire cuire, meme si les préparations sont plutot simples.
Visite a la Turkish pour faire prolonger mon billet : pas simple ! La nana cherchait a modifier un vol Adana/Istanbul inexistant... comprenait pas que je ne fasse pas le trajet inverse a mon arrivée, et on a eu un peu de mal a lui expliquer que je n'allai pas retourner sur Adana rien que pour faire la modif.
19 juillet 2002
Kars - Istanbul
Je reprends apres la coupure de courant d'hier qui m'a bazardé mon dernier post.
Pour Ani, c'est loupé : je n'ai pas la moindre envie d'aller crapahuter dans la boue et sous la pluie. Le directeur s'étant assuré qu'il ne pouvait rien nous vendre, téléphone a la Turkish pour réserver nos billets (Kars-Ankara/Istanbul : 139 millions par personne).
Vu le taux de change que pratique l'hotel et que ne désavouerait pas le pire des usuriers, on regle la chambre en euros (60), avant de prendre le taxi qu'a appelé la réceptionniste et qui pratique bien évidemment la panne de compteur suivie d'un prix prohibitif. A l'aéroport, Sandrine - qui malgré nos nombreux voyages ne supporte toujours pas l'idée de prendre l'avion - sidere un serveur en réclamant un whisky, pendant que je répare mon 800si que j'ai fait tomber, sous le regard ébahi de 2 clients. Ils n'ont visiblement jamais vu de tournevis miniature, pas plus que de photographe laissant tomber du matériel d'ailleurs, mais sur ce coup la, je suis aussi étonnée qu'eux : toujours pas compris comment ça a pu arriver, mes appareils passant toujours en premier quoi qu'il arrive...
Dans l'avion, je m'apercois que la neuneu de l'enregistrement ne nous a pas donné la carte d'embarquement pour la deuxieme partie du trajet, ce qui nous obligera a faire le forcing pour ne pas louper le vol... La journée ayant mal débuté, il n'y a pas de raison que ça s'arrete : le PKK a comme prévu squizé presque tous nos contacts a Ankara et a Istanbul. Pas tous heureusement, vu que pour cela, il faudrait que leur pousse un cerveau... Fidele a lui meme, il continue d'ailleurs a maquer, menacer et emprisonner Vlad (surnom donné par Sandrine vu que ''Poussin'' donnait des allergies au Parti) : pas capable de comprendre qu'il est hors de question que l'on cède sur ce point.
A part ça, Istanbul est chaude et j'ai comme des la premiere fois que j'y ai mis les pieds, l'impression de rentrer a la maison. L'hotel nous accueille comme d'hab avec de grands sourires (ils ont toujours une chambre pour nous) et le réceptionniste tient a nous baiser la main, avant de se précipiter pour monter nos bagages... Pour une fois, je ne vous donne pas le nom de l'hotel (on n'aime pas voir les touristes quand on est ici), mais une chambre correcte pour 2 a Pera/Beyoglu avec petit dej, c'est encore trouvable pour 25 euros. Par contre, je vous conseille d'aller chez Gino sur Istiklal pour oublier les éternels doner/kebap...
Istanbul
Quelques jours de détente avant le retour. Toujours très chaud mais la ville est tout de même agréable à vivre. Je ne sais pas ce qu'ils font dans Sultan Ahmet (nous n'y mettons jamais les pieds) mais le quartier Pera Galata s'améliore d'année en année. Il y a de plus en plus de rues piétonnes, de cafés en terrasse, de bistro perchés dans d'incroyables immeubles Arts Déco. Ce ne sont pas, comme à Paris, d'artificielles réserves pour touristes. On y croise de tout, et la vie culturelle y a l'air bien plus intéressante. Bref, sans doute une des plus belles villes d'Europe, et pour les écrivains, l'équivalant de Paris dans les années 20.
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Sandrine Alexie
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18 juillet 2002
PKK
Retour en avion normal, c'est-à-dire que j'ai sidéré le serveur du buffet à l'aéroport de Kars en lui demandant un whisky à 11 heures du mat. S'il m'avait fait le coup du petit crétin de Cizre je lui aurais défoncé le crâne. Roxane sait que je ne suis pas d'humeur très zen quand je prend l'avion. J'ai donc passé deux heures 30 cramponnée à mon siege en maudissant jusqu'à la dixieme génération tous ceux qui m'envoient dans des pays où il faut se rendre en avion. Dire qu'il y avait un temps où l'on ne voyageait qu'en bateau... Même le Titanic, je préfère...
Maintenant Istanbul. Très chaud, très lourd, moite, plus pénible qu'à Cizre, finalement. Bakhtiar s'est tiré en Europe, je l'ai appris à demi-mots par sa famille. Vlad est très très maqué mais pas abattu du tout. Ça a l'air d'être un sacré nid de frelons la politique ici. Si les jeunes se tirent, ils ne vont plus durer très longtemps. Cela me rappelle tout à fait les débuts de l'hémorragie en 1999, quand le PKK a commencé de se barrer en couilles. Même symptomes : décomposition, affrontements, affolement, directives aussi menaçantes que contradictoires. D'ailleurs ce parti fait si peu peur aux Turcs à présent, que des Kurdes d'Istanbul, bien assimilés et très éloignés de la lutte, vous parlent tranquillement d'un parent, qui est en Europe, à Medya TV, et ce dans des lieux publics, un bistro sur Istiklal par exemple. Il y a une époque où on ne se l'avouait même pas entre membres d'une même famille. Aujourd'hui cela n'a rien d'un secret dangereux, c'est comme si on parlait de l'original de la famille, d'un exotisme charmant...
Il est vrai qu'on a peu d'exemple historique d'un parti qui se soit vendu à ce point, en baissant autant les enchères. L'idéologie tombe d'elle-même, ne laissant aucun souvenir. Les cadres ? Ils rentrent dans la vie civile, ils font des affaires (du moins pour les plus doués ou les plus mafieux), la plupart végètent. En tant qu'anciens combattants, ils ont d'ailleurs peu de faits glorieux à raconter à la postérité. Quelque chose entre "Comment nous avons été trahis" et "Comment nous avons trahi".
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16 juillet 2002
Déluge
Difficile d'expliquer a l'hotel qu'on doit réellement partir : le serveur qui avait insisté la veille pour nous emmener sur la terrasse fait tout son possible pour nous retenir un jour de plus। Personne ne comprend jamais réellement ici pourquoi nous ne pouvons pas rester, et ça plaide jusqu'au bout en nous accompagnant au dolmus.
Le premier nous conduit a Igdir (50 km - 2 millions par personne - 40 mn - 46700 habitants) : il y a de la neige sur le mont Ararat qui semble en meilleur état qu'il y a 2 ans. On en profite pour manger dans un resto populaire ; quand il y en a un, c'est meilleur marché et on a une chance d'échapper aux kebap (dolma, poulet, salade, soda, thé : 4 millions). Puis minibus pour Kars (6 millions par personne - 130 km - 3 h).
Si quelqu'un cherche l'arche de Noé, il doit se trouver dans le coin : grele, trombes d'eau, orage... La foudre tombe a quelque metres du car, il fait pratiquement nuit a 17 h et les rues sont inondées. Dans ces conditions, on n'a pas franchement le choix : le taxi nous conduit au 1er hotel touristique dans une rue pratiquable. Vu le déluge et la quasi impossibilité d'en atteindre un autre, ils s'empressent de nous appliquer le top des tarifs pour une chambre correcte mais sans plus (Sim-er : 96 millions la chambre avec petit dej quand meme). Le resto pratique également des tarifs élevés, mais comme il n'est pas question de sortir...
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Kars
Trois heures de car pour faire 130 km. Le record. En plus, à l'arrivée, orage et grosse pluie, une inondation monstre dans Kars, les rues envahies par l'eau, les passants avec de l'eau jusqu'aux genoux et le taxi qui doit naviguer, c'est le cas de le dire, jusqu'à l'hôtel.
La région semble d'ailleurs très pluvieuse. En plein juillet, les blés ne sont pas mûrs, et ils en sont encore à faucher les prés. Comme à Bitlis, beaucoup de petits chevaux, noirs ou bais. Mais les villes ici sont tristes, austères. Si c'est ça l'Arménie, on se demande pourquoi les Kurdes revendiquent un tel pays quand ils ont des villes comme Urfa, Hasankeyf, Diyarbakir. Rino prétend d'ailleurs que Kars, c'est plus la Géorgie que l'Arménie. N'empêche qu'il y eut un gouvernement arménien à Kars dans les années 20, qui en représailles des grands massacres tua beaucoup de Kurdes si bien que les Kurdes de Kars demanderent à la SDN de les rattacher à la république turque.
Le principal intérêt de Kars, c'est Ani, la ville aux cent et une églises, comme la vantent tous les tours... en omettant de préciser qu'étant sur la frontiere arméno-turque, et donc en pleine zone militaire, il est interdit de photographier la plupart des monuments et tout se fait sous contrôle militaire. De toutes façons vu le temps gris, Roxane ne veut faire aucune photo. C'est la supériorité des peintres sur les photographes, eux peuvent représenter la beauté d'un paysage gris... Comment font les photographes quand ils veulent photographier la pluie ?
Bref, demain, retour sur Istanbul.
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Sandrine Alexie
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15 juillet 2002
Dogubayazit
Ensuite, a mi-chemin, on va faire un tour au turbeh d'a coté. 2 gamins me réclament sans cesse de l'argent et finissent par nous jeter des pierres. Il a bien travaillé le PKK, euh, KADEK ! Apres avoir détruit les valeurs kurdes ancestrales, il s'épuise en luttes stériles et puériles dans des domaines privés qui ne le concerne en rien, mais laisse la population sans le moindre soutien apres l'avoir conduite au marasme. Depuis l'arret de la guérilla, les jeunes n'ont plus d'exemples, plus de valeurs morales a suivre et la situation économique qui a empiré de façon dramatique en quelques mois n'arrange pas les choses...
En rentrant - 8 km a pied avec le matériel - pas la moindre envie de partir vers l'étape suivante. Mais on ne regrette pas : on a trouvé les 1er dolma en un mois !
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Ishak Phasa
Apres le petit dej - lamentable pour le standing 3 étoiles de l'hotel - un des serveurs tient a nous conduire sur la terrasse pour prendre des photos du mont Ararat. Les escaliers n'étant pas éclairés (2 étages sont en travaux), il ne trouve rien de mieux a faire que d'allumer un morceau de carton qui trainait par terre. Sont mignons les Kurdes quand ils veulent tout bien faire : il a failli mettre le feu a l'hotel, et on a eu de la chance de ne pas finir asphyxiées...
Pour monter a Ishak pasa (5 millions l'entrée), on prend un taxi (10 millions - 7 km). La derniere fois, on avait testé un tour Ishak pasa et village Ararat : l'arnaque ! Le soit disant dernier village n'était qu'un bidonville au bord de la nationale, je n'ai pas eu le temps de faire toutes les photos que je voulais du palais et le chauffeur nous a carrément empechées d'entrer dans le turbeh d'ahmedé Khani : tout juste si j'ai pu faire 5 ou 6 photos de l'extérieur...
La, on commence par Ahmedé. Pas de chance avec lui : ça ne m'est arrivé qu'une fois en Ecosse, mais en voulant recharger un appareil (j'en ai 3 en permanence), j'ai ouvert le mauvais... travail a refaire, sans compter que je suis a court de pellicules.
En sortant, un cadre de la déesse serpent que j'ai failli retenir en arrivant, mais qui n'allait quand meme pas etre vendu en une demie heure, vient d'etre acheté. Comme je rale en français qu'on me l'a volé, un kurde (le ''voleur'') de la région parisienne se marre... et m'offre le dernier exemplaire : presque le meme, pas celui que je voulais, mais c'est gentil de sa part.
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Ahmedê Khanî
Comme nous voyageons rarement en plein été, il y a une chose qui ne m'avait pas autant frappée jusque-là : c'est qu'ici, les Turcs ne se sentent pas chez eux. Qu'ils soient touristes ou fonctionnaires, ils ne se sentent pas en Turquie réellement, plutôt dans une sorte de colonie, mais les Kurdes leur sont totalement étrangers. Même les groupes d'étudiants turcs sont peu à l'aise, alors qu'il nous suffit de trois mots au milieu de ces Kurdes pour être au milieu de familiers. Un Kurde d'Irak ou d'Iran ne fait pas "en visite" à Van ou Dogubayazit, mais les touristes turcs font aussi touristes que les Européens, on ne les distingue parfois qu'à la langue. Dans les dolmush ou les otogars, deux Kurdes qui se rencontrent s'enquierent de leurs villages respectifs, de leurs maisons respectives, saluent avec de grands serçawan leurs connaissances mutuelles, et au bout de quelques instants deviennent compagnons de route. Les noms de lieux qui reviennent dans leurs bouches sont Batman, Diyarbakir, Agri... Quand ils nous parlent de villes à l'Ouest on sent qu'ils pensent "là-bas, en Turquie..." Jamais entendu dire "Zakho, en Irak..."
12h. Türbe d'Ahmedê Khanî. Pauvre Ahmedê. Comme Malayê Ciziri il se retrouve confit dans les tapis, les tissus verts de mauvais goût et la dévotion. Que des femmes autour, qui lisent le Coran en arabe (disons qu'elles marmonnent quelque chose en tournant les pages à l'envers). Il n'y a pas un seul de ses livres dans la salle, rien que des Corans. On a mis un turban blanc et vert sur sa tombe, et voilà, c'est une ziyaret. Qu'est-ce que tous ces gens-là savent de la religion de l'amour, perdus qu'ils sont dans leurs bigotteries ? Il y a plus d'esprit soufi sur la stèle de Mem que sur cette estrade peu esthétique avec des planches autour qui font comme une alcôve. Aucune âme ni fraîcheur dans ces lieux de pelerinage.
A l'entrée par contre, nous blaguons avec les deux mendiants estropiés de service, de vrais mendiants de l'islam, avec l'insolence et le bagoût déluré des maqamat. Puis nous raflons des portraits peints sur verre d'Ahmedê Khani sous les yeux ébahis de Kurdes venus de l'Essonne. L'un d'eux, qui avait pris un exemplaire de la déesse aux serpents (la même que j'avais trouvée à Tunceli mais aux teintes plus belles) se fait pardonner en payant pour nous un des quatre tableaux.
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Muradiye - Mont Ararat
Dimanche matin, aucune pastane n'est ouverte. Pas plus de dolmus pour le chateau, comme ça, on n'a plus a hésiter : on laisse tomber et on remplace par Muradiye qui est sur notre route, malgré Orhan qui plaide pour nous retenir. Comme de toute façon c'était sur la route de Hakkari, atteindre la ruine (précise la légende de la carte) nous aurait pris du temps sans garantie d'arriver a bon port.
Le chauffeur du dolmus dont nous attendons le départ plus de 2 h (2 millions - 1 h 15 - 13.000 habitants) nous ordonne presque de nous mettre a coté de lui. Sur la route, un controle militaire nous est visiblement destiné : sympa et désireux de faire un peu la causette... A Muradiye, il n'y a pas plus de taxi que d'hotel : le chauffeur du dolmus propose de nous conduire aux chutes (12 millions), ou il n'y a évidemment pas de dolmus pour Dogubayazit (48.900 habitants). Apres quelques photos, le dolmus peut nous conduire pour 90 millions : c'est cher, mais on n'a pas franchement le choix.
Trois controles plus loin, on retrouve le Orta Dogu (40 millions la chambre - 2 lits dont un double - avec petit dej - propre, spacieuse, eau chaude a certains moments de la journée) qui n'a pas changé. Deux clients profitent sournoisement de l'habituelle pause thé a la réception pour nous envoyer une assiette de pasteque.
A 7 heures, je m'installe sur le balcon avec l'intention de photographier le coucher de soleil sur le mont Ararat... plus possible : en 2 ans, les nouvelles constructions ont trop poussé.
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14 juillet 2002
Van
Saloperie de mosquée. Dire que la prière de nuit n'est pas obligatoire... Je suis sûre que le type qui braille par enregistrement sur haut-parleur à 4 heure du matin dort, lui.
Aujourd'hui, dimanche matin, toutes les pasta sont fermées. La fast food jardin ne sert que des toasts au ketchup mais on peut manger dans ces infâmes pide-döner-kebap salonu autant de brochettes que l'on veut à dix heures du matin. Ces horreurs sont toujours ouvertes, pas de danger. Roxane fume en pensant aux petits pains, vraiment très bons quand ils sont chauds. Moi je m'en fous, je prends deux toasts pour la peine. Le matin, n'importe quoi me va pourvu que ce soit consistant (donc ni tomates ni concombres) et non sucré (ils peuvent remballer leurs barquettes de confiture et de miel). Toast, kek (pour cake) poghaça, tout passe avec du nescafé. Une chose que j'aime aussi le matin c'est la soupe. Disons que c'est mieux que l'éternel assemblage fromage-olives noires. Il faut préciser d'ailleurs ce qu'ils entendent par "fromage". En gros il y a trois fromages kurdes : une espèce de machin caoutchouteux et très salé, du fromage frais assez salé style feta, et un autre qui ressemble à de la feta mais que l'on aurait laissé rancir. C'est tout.
Devant nous un Kurde d'Irak vient de passer, en grande tenue : pantalon large, veste courte assortie, turban et ceinture. Splendide et racé, le pas majestueux. Vêtu comme cela, même le plus insignifiant a des allures de sultan. Un beau Kurde, élancé comme ils sont dans les montagnes, habillé à la traditionnelle fera toujours aristocrate, à côté des plus beaux Turcs, de "belles bêtes", certes, mais qui ne sont que cela : de beaux mameluks.
Au départ pour Muradiye adieux très tristounets du petit Orhan qui sourit bravement, les yeux plein d'eau contenue. J'aime beaucoup le sourire des Kurdes quand ils sont tristes : c'est un arc-en-ciel inversé, un arc-en-ciel avant la pluie qui coulera plus tard, en cachette. Comme ils imaginent toujours que leurs émotions sont partagées il me serre le bras et chuchote : "Are you OK ? Really OK ?" Mieux que toi, pauvre agneau.
On ne peut quand même pas tous les prendre avec soi...
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