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16 mai 2007

Amadiya, Amadiye, Amedi

Après le petit déj. Mar Patros voudrait qu’on reste encore un peu, mais nous ne pouvons pas nous éterniser. Son chauffeur (pas celui qu’on connaît) nous conduit jusqu’à un garage à taxis. 55 dollars pour Amadiya, puis 70.000 dinars : ils ne veulent pas prendre la route directe, mais passer par Duhok. Le chauffeur ayant l’air perdu, on décide de retourner au Cham pour leur demander de nous trouver un taxi qui accepte de prendre la route la plus courte à un prix raisonnable. Mauvaise pioche ! Ils sont ravis de nous revoir et le patron appelle immédiatement un cousin qui peut pour conduire pour pas cher… 100 dollars ! Puis 100.000 dinars : il ne veut pas baisser prétextant que l’essence est hors de prix. Prétexte bidon, le litre est à 850 dinars (environ 0,50 €), mais chercher quelqu’un d’autre, c’est perdre encore pas mal de temps. Comme j’ai noté qu’ils étaient Yézidis, je suggère à Sandrine d’envoyer un SMS au Pir… et de faire savoir mine de rien à qui elle écrit. Le chauffeur, dont c’est bien le Pir, a l’air brusquement mal à l’aise et se range à ma dernière proposition : 85.000 dinars, ce qui est quand même bien plus cher que les taxis officiels, d’autant qu’il ne connaît pas la route, n’a pas l’air de comprendre les panneaux indicateurs, conduit comme un pied et que sa voiture est un véritable tas de ferraille !

A Amedi, nous allons déposer nos sacs au bureau PDK, puis chez un responsable qui nous envoie voir un historien et manger à Sulav : pas la peine de discuter que nous n’avons pas le temps et pas faim, il ne veut pas en démordre.

Le fameux historien prétend qu’Amadiya est habitée depuis plus de 3.000 ans, parle d’Alexandre et des Mèdes, et nie farouchement que Zengi ait quelque chose à voir avec la ville et le nom qu’elle porte. Si lui est historien, je suis mère supérieure au couvent de sainte Ursuline… au moins.

A tout hasard, je lui demande s’il connaît le nom des architectes ou pour qui ont été bâtis les deux turbehs. Le premier serait celui de Rushan, fille d’Ismaïl Pacha (fonctionnaire ottoman en poste à Amadiya), le second celui du sultan Hussein Vali (1534 – 1576) prince du Badinan.

Il tient à nous accompagner ; le PDK nous a prêté une voiture, un chauffeur, un peshmerga et une mitraillette. Nous commençons par l’emplacement d’un ancien temple de Mithra, puis par la seule porte de la ville qui existe encore. Je ne sais pas comment il s’y prend, mais il est continuellement dans mon champ et incapable visiblement de parler en marchant : pendant qu’il discute avec Sandrine, j’attends en plein soleil qu’il se taise et qu’elle puisse lui demander de se déplacer pour que je puisse photographier.

Nous continuons par la mosquée qui aurait été bâtie à l’emplacement de temples zoroastrien et chrétien. Pour l’ancienne école coranique, enfin ce qui reste, il nous lâche enfin. Comme la ville est petite et que j’ai déjà fait, le tour photo complet est rapide.

Nous avons prévu d’aller à Saladin avec un arrêt à Barzan pour photographier la tombe de Mustafa Barzani. Comme il y en a pour trois heures et qu’il sera trop tard pour les photos, nous nous renseignons sur le prix du seul et fameux motel crade : 80 $ la nuit et 120 $ pour le trajet : c’est vraiment de l’arnaque !

Bon, retour à Duhok pour 60.000 dinars, alors que le trajet inverse nous en a coûté 35.000. Le Pir prévenu par Sandrine nous donne rendez-vous au centre yézidi et nous accompagne à un hôtel qu’il veut payer, ce que nous refusons énergiquement. Pas de problème par contre pour qu’il négocie pour nous, ce qu’il fait très bien d’ailleurs : 70 $ ramenés à 40 $ (54.000 dinars) pour un salon-cuisine et deux chambres doubles.

Je commence à m’interroger sur le prix des clopes : 5.000 dinars le paquet à Duhok et Zakho, 2.000 dinars à Zakho encore et à Amadiya ?!?

Encore un attentat parait-il, cette fois a Zakho... les abrutis ont repris du poil de la bete !

17 août 2005

Les meilleures choses ont une fin... pour l'instant !

On fait du peshmerga-stop pour rejoindre le bureau où deux jeunes sont désignés pour nous escorter.
Après un petit dej improvisé (sandwich tomate/concombre et bouillon de poulet) et un tour en ville, crapahutage dans le cours d'un ruisseau en pleine nature pour rejoindre les ruines de la medersa aperçue hier en contrebas.
J'en profite pour photographier Pingouin qui me suit depuis des années dans tous mes voyages et que j'ai immortalisé dans les situations les plus loufoques. Pour me rattraper de l'avoir oublié au fond de mon sac, je le fait poser dans les bras du peshmerga en uniforme : je ne sais pas lequel des deux fait le plus mascotte !
Départ pour Zakho : 60 dinars jusqu'à la frontière où l'on change de taxi. C'est le moment que choisit Tom pour s'apercevoir qu'il a oublié son numérique sur le siège du premier véhicule... il y a de quoi enrager !
Notre chauffeur lui demande d'aller plaider auprès de la jandarma responsable du contrôle des véhicules pour avoir l'autorisation de se mettre en tête de file. Evidemment, ce n'est pas en prétendant qu'on doit se rendre d'urgence à Diyarbakir que ça risque d'accélérer les choses (conseil : ne jamais écouter leurs brillantes idées) !
J'attends confortablement assise (plus sympa dans ce sens la douane) et je suis aux premières loges pour assister au démasquage d'un trafiquant kurde... de sucre ! Pourquoi diable cacher du sucre dans les phares et comment le contrôle (sommaire) a bien pu détecter ?!?
Le passeur en est quitte pour démonter ses phares et enlever les sacs litigieux avant de repartir, condamné à boire son thé sans sucre.
Notre taxi n'ayant pas beaucoup progressé dans la file d'attente, je mise sur la curiosité turque et sors une carte que j'étudie avec l'air tranquille de celle bien décidée à y passer son après-midi. Ca ne loupe pas : il faut à peine 2 minutes à un militaire pour venir se pencher sur moi et engager la conversation. Je lui explique que je vais en Cappadoce : il essaie d'intercéder en faveur Trabzon dont il est originaire, et décide que j'ai mieux à faire qu'à attendre et qu'il faut demander au taxi de doubler les autres voitures, ce qui nous fait gagner un temps appréciable.
C'est plus rapide d'obtenir le tampon d'entrée en Turquie que le tampon de sortie pour l'Irak. Pas d'une rapidité excessive, mais quand même plus simple. Je profite des différents allers/retours pour faire un passage à la boutique duty-free : 24 YTL la cartouche de Marlboro.
Petite formalité supplémentaire, il faut passer dans un bureau de santé pour obtenir un tampon garantissant qu'on n'a pas attrapé plein de vilaines maladies au Kurdistan !
A Silopi, Tom trouve un car qui part immédiatement pour Istanbul... qu'il croit ! En fait, il aura plusieurs changements en cours de route et n'atteindra sa destination qu'après une bonne trentaine d'heures...
Un car me dépose gratieusement à Cizre où le préposé du dolmus pour Idil me promet qu'il y en a ensuite un autre pour Midyat. Evidemment, à Idil, le dernier vient de partir et le chauffeur me propose de m'accompagner pour la modique somme de 50 YTL. Autant dormir ici plutôt qu'à Midyat qui n'est de toute façon pas ma destination.
Appel de Rino, légèrement inquiet : Nat alertée par la mise en sommeil du blog et ne pouvant me joindre sur mon portable (pas de relais au Kurdistan avec mon opérateur turc) cherche à obtenir de mes nouvelles. Parait qu'elle a téléphoné à l'hôtel à Diyarbakir où on lui a menti que j'étais partie à Mardin (le Bilen n'a évidemment pas pu la renseigner). Les années de répression ont laissé des traces et la loi du silence joue encore à fond : ne pas donner de renseignements à un inconnu est une règle basique toujours en vigueur.
Il y a de la place à l'ögretmenevi comme c'est généralement le cas en été quand les profs sont en vacances : 6,5 YTL la chambre, propre, spacieuse et avec douche. Après avoir aidé le réceptionniste à remplir ma fiche, je lui demande où je peux manger dans le coin. Il me propose de téléphoner pour commander un plat, puis se ravise : rien de mangeable dans tout Idil, il faut que je partage avec lui ce qu'il a apporté !
Je passe donc la soirée en parlottes avec lui et des visiteurs du lieu. Marrant, pas de mare ou de lac à première vue dans le coin, mais il y a de jolis petits crapauds qui squattent jusqu'au salon !

16 août 2005

Erbil - Amadiya

Nous retrouvons les gosses dans les ruelles de la citadelle। Il ne me faut pas longtemps pour réunir une jolie collection de portraits n'ayant aucun rapport avec le misérabilisme de mise en Europe quand il s'agit de montrer à quoi ressemblent les Kurdes.
Sont mignons comme tout, surtout quand l'un s'estime lésé parce qu'on l'a traitreusement oublié ! Là, ça prend l'air digne de celui à qui on ne la fait pas et ça se plante devant l'objectif jusqu'à réparation du préjudice par le photographe qui a manqué à son devoir !
Beaucoup de petites nanas réellement jolies, quant aux hommes, ils prennent prétexte de faire immortaliser le plus âgé du groupe pour être sur la photo।
Ici comme ailleurs, les Kurdes ne jugent pas utile de laisser d'adresse pour recevoir leur portrait : l'important, c'est qu'on les emporte un peu grâce aux appareils।
La mosquée est fermée : je me venge en mitraillant son minaret aux céramiques colorées et l'intérieur de l'ancien hammam qu'un des gamins vient de nous ouvrir.
Malheureusement, pas trop le temps de trainailler, notre chauffeur nous attend à l'hôtel। Direction Amadya par la route de Barzan sur les conseils de Saywan.
Effectivement, c'est beau ! Seul reproche, cette détestable habitude de balancer n'importe quoi n'importe où : ça serait pas mal de commencer à sensibiliser afin que tous les efforts entrepris pour rendre sa beauté au Kurdistan ne soient pas gachés par des monceaux de plastique en tous genres...
Arrivés à Amadya, on demande au chauffeur de nous conduire chez Mrg Raban, mais il convient visiblement de passer avant au bureau PDK où nous sommes reçus par Yusuf Ahmed, vétéran et principal responsable de la ville si on en juge par les salutations que viennent cérémonieusement lui adresser en quelques minutes une bonne cinquantaine d'habitants।
Il téléphone pour nous sans trop insister à Mrg Raban qui ayant fait l'erreur de ne pas décrocher immédiatement restera un illustre inconnu déclaré injoignable jusqu'à nouvel ordre।
Un peshmerga en civil nous fait visiter les lieux historiques de la petite ville।
Une ancienne porte de la ville est particulièrement intéressante et bien conservée, malgré une déco incomplète। Serpent, pattes de l'oiseau symbole du Badinan et je ne sais quoi qui me fait sortir le téléobjectif... chic alors ! La tête d'un prince guerrier ! Si le corps est approximativement reconstitué avec une armure pas tout à fait alignée, le visage est parfaitement visible. Entre cette porte et le cimetière de Salahadin, la chasse au trésor aura été fructueuse !
Au loin, une ancienne medersa que nous décidons de visiter demain।
Pour l'instant, la lumière baisse et nous avons peu de temps pour faire la mosquée dont le minaret a été abimé par des obus iraniens।
De retour au bureau, nous n'hésitons pas à faire coucou aux élégants villageois qui écoutent sagement un cours de politique assis dans le jardin : ça perturbe un peu le sérieux de l'assemblée, mais les circonstances n'étant pas courantes, personne ne sera privé de récréation।
Notre hôte nous invite à dîner à Sulav à quelques km et qui semble être l'endroit branché du coin। Plus assez de lumière pour le petit pont qui trone en haut des espaces aménagés, mais il me semble assez récent ou récemment trop restauré.
Repas kurde avec de l'excellente tête d'agneau, puis Yusuf nous annonce que finalement, il est préférable que nous dormions au motel, mieux que les bureaux du PDK। On passe donc reprendre nos sacs accompagnés par des peshmergas qui profitent de l'absence du chef pour lui piquer ses bonbons ! Je sais que ce n'est pas bien de cafter, mais ils sont vraiment trop drôles avec leurs airs de gamins chapardeurs déguisés en militaires !
Yusuf n'a jamais dû visiter le motel qui d'ailleurs était fermé : c'est crade ! Son propriétaire prétend que c'est très propre avec la conviction du marchand tentant de refourguer un tapis synthétique en le faisant passer pour de la pure soie. Comme je lui répète que son motel est un taudis, il tente de nous convaincre que pour le Kurdistan c'est très propre ! Pas question de laisser passer : son hôtel est crade, donc pas représentatif justement du Kurdistan ! Du coup, il consent quand même à nous envoyer des couvertures inutiles et un couvre-lit convenable... toujours ça de gagné, je me voyais mal dormir debout ou sur des draps plus que douteux !

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