Affichage des articles dont le libellé est Hasankeyf. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Hasankeyf. Afficher tous les articles

11 août 2005

Citadelle

Entrée 2 YTL (la moitié pour les étudiants).
A peine arrivés, yasak ! Il y a des fouilles menées comme d'hab avec des méthodes plus que douteuses, donc interdit de passer sous les prétextes les plus divers. Une étudiante bénévole (dommage, Tom ne me l'a dit qu'apres), bornée comme ce n'est pas permis, de Silvan (ça doit expliquer), décide de nous maquer. Elle a de la chance qu'Assimil ne prévoit pas d'apprendre les insultes en turc, et que Tom ne juge pas utile de tout traduire : parait que malgré mes lacunes je suis quand même tres explicite.
On peut toujours redescendre demander l'autorisation a son prof (a priori le seul Turc injoignable par téléphone !), ce qui vu la chaleur est exclu, d'autant que je ne préfere pas l'avoir en face si c'est le sagouin responsable de la "restauration" du turbeh de Zeynal Bey !
En fait, ils ont peur que je photographie d'en haut les fouilles d'en bas, ce que j'ai fait hier excédée par les yasak de seconde zone.
Hors de question de ne pas avoir acces au bout du site, je suis venue pour ça : le reste, j'ai sous toutes les coutures, avant détérioration sous couvert de restauration.
On nous accompagne en espérant nous lasser, mais sans aucune chance de succes !
La bécasse de Silvan lache enfin prise, nous vouant aux chiens et aux scorpions, estimant que nous perdons notre temps, tout le site d'apres son jugement digne d'intérêt étant identique : si elle persiste dans ses études, elle devrait obtenir sans probleme une chaire a l'université de Konya !
Cette partie du site est géniale, mais la chaleur accablante. Tom me demande si il peut jouer les cabris et partir devant en reconnaissance pour voir si c'est intéressant et m'épargner la peine de monter dans le cas contraire.
En fait, il se transforme en chiot fou a la chasse au nonos : il part, s'exclame, revient me chercher, repart et gratouille la terre pour dénicher des tessons de poterie qu'il m'apporte... plus qu'a photographier ses trouvailles, a l'ombre et en fumant une clope !
Dommage qu'on manque d'eau. Je préconise de redescendre, mais même la langue pendante, le chiot fou veut encore aller faire un tour plus loin. J'attends en me disant que pour une fois il va peut-être revenir bredouille et calmé, jusqu'au "faut que tu vois ça, il y a un cimetiere !" fatidique. Bien obligée d'y aller, mais la prochaine fois, j'organise une chasse au puits !
La vue est somptueuse, le cimetiere majestueux et le silence envoutant, mais c'est les dernieres photos avant qu'on ne retrouve nos os blanchis mélangés a mes Minolta fondus !
En redescendant, plus personne évidemment pour interdire quoi que ce soit a ceux qui montent : ça, je l'aurais parié !
On s'arrête a la premiere boutique pour boire eau et coca sans s'arrêter : de vraies éponges ! Les gosses qui nous posent des questions en sont pour leurs frais : a part boire et grogner a la moindre tentative d'interruption, nous ne sommes plus capables de grand chose.
On redescend encore d'un cran pour une halte au café en face du motel. Sans signe annonciateur, c'est brusquement l'orage, et au moment ou je suggere de nous mettre a l'abri (et ou Tom me rassure que c'est sur le point de se calmer), une bourrasque plus violente nous asperge : plus qu'a démonter le matériel et a l'éponger !
Heureusement, ça ne dure pas longtemps. Sophie ayant téléphoné qu'elle sera en retard d'un jour, on décide de partir sans l'attendre, ce qui parait la surprendre, mais on n'est pas a sa disposition !
Midyat/Idil, Idil/Rien : plus de dolmus. Un particulier nous propose de nous servir de taxi collectif pour 5 YTL par personne (nous sommes 3) : c'est plus que correct pour aller a Cizre.
A l'arrivée, il veut négocier pour nous au Grand hôtel Honsar et comme prévu n'obtient rien (70 dollars), alors que nous avions réussi a négocier 200 F la double en 2002.
On trouve un autre hôtel, vielliot surtout apres le Honsar, a 35 YTL la double avec petit dej.

10 août 2005

Vous avez dit restauration ???

Sophie arrive vers 10 h et m'informe qu'elle a rendez-vous avec un archéologue ! Je lui suggere de plutôt aller voir le maire qui sera sans aucun doute plus renseigné que l'ouvrier qui joue les extras sur le chantier de fouilles, entre 2 autres petits boulots... bonjour le professionnalisme !
Tom arrive d'Istanbul apres avoir été trimballé a Urfa par un mystérieux détour de son car।
On négocie une chambre double (avec ouverture sur l'extérieur) pour 30 YTL। Le mec prétendait nous faire payer 3 lits, mais une menace d'aller dormir a Batman l'a rendu brusquement plus raisonnable.
A। Vahap Kusen, le maire DYP de Hasankeyf et enfant du pays, ne nous apporte pas beaucoup plus d'infos que je n'en avais déja, a part que le chomage est de 90 % dans le village. Il est tout a fait d'accord pour que toutes les bonnes volontés donne un coup de main pour sauver le site du barrage qui doit le faire disparaitre, et pour convaincre SIEMENS d'empêcher sa filiale d'investir : tous ses voeux accompagneront visiblement les initiatives, pendant qu'il continuera a se convaincre que Hasankeyf ne peut pas disparaitre...
Sophie part a Diyarbakir pour une conférence de presse que doit y donner Erdogan, déplacement parfaitement superflu : suffit de regarder la télé ou de lire les journaux, ce qu'elle fera d'ailleurs pour pondre son "article"।
Avec Tom, on fait un tour au site archéologique du village et je l'informe au passage que j'ai apris hier qu'il y aurait des scorpions mortels। Résultat, il n'arrête pas de voir des peaux de serpents, alors que je n'ai encore jamais vu la queue d'un seul dans la région et que mes seuls scorpions étaient stambouliotes.
Ensuite, direction le mausolée de Zeynal Bey dont la vue lointaine en dolmus m'a donné les pires craintes। Craintes confirmées ! L'université de Konya s'est chargée de la restauration : un massacre ! J'en pleurerais si je n'étais pas aussi furax ! Ces crétins ont creusé la base sur environ un metre pour y mettre une pierre blanche qui n'a rien a voir avec la matiere d'origine et qui est sensée prendre la couleur du turbeh au fil du temps... et faire pousser des céramiques pour remplacer celles saccagées aussi peut-être !
Diner paillotte avec de l'excellent poisson grillé. De petites chauves-souris font un véritable festin avec les insectes attirés par une ampoule proche de nous... si elles pouvaient aussi se charger des araignées au dessus de moi, ça serait parfait, d'autant que ça empêcherait Tom de ricaner dans sa barbichette !

09 août 2005

Hasankeyf

Tom arrive demain et Sophie (nouvelle correspondante du Monde) m'a laissé un message au motel. Elle est passée mais est partie dormir a Midyat avec des amis. Sympa, je n'ai pas fait Harput pour être aujourd'hui au rendez-vous qu'elle avait elle-même fixé !
Il ne reste qu'une chambre au motel (15 YTL), sans ouverture sur l'extérieur : évidemment, il y fait une chaleur insupportable.
Je dépose les sacs et file vers le pont, bientôt rejointe par une nuée de gosses qui veulent des stylos et du savon : aucune amélioration visible de la situation économique dans le coin...
Le Tigre a retrouvé une jolie couleur verte, mais pour combien de temps ?
Les gamins piaillent et surgissent de tous côtés. J'arrive en gros a suivre leur conversation, ce qui me permet de répartir les rôles, histoire de canaliser un peu leur énergie plus que débordante et de pouvoir bosser a peu pres tranquille. La plus grande est responsable du sac photo et a le droit de me guider, et en échange elle veille a la discipline. Ca fonctionne tres bien comme ça : les abla (grande soeur) surexcités se transforment miraculeusement en lütfen abla (s'il te plait grande soeur) respectueux... technique a retenir !
Ca va me faire tout drôle le jour ou les gosses laisseront tomber le abla pour le teyze (tante). A 40 piges, j'ai déja eu droit a un rab exceptionnel !
Au café sur la petite place, on vient me saluer et me demander des nouvelles : sympa ça !
Je prends 2 coca (2 YTL chaque), mais le serveur refuse que je paie la totalité, sous prétexte qu'on doit partager l'addition ! Il me précise a ma demande qu'en ce moment avec la chaleur (en fait, il ne fait pas chaud mais brulant), il n'y a aucun meilleur moment pour la citadelle... Pres de 50 degrés ou pas, il me faut pourtant le bout du site le plus éloigné que je n'ai pas encore. Je crois que je vais prendre le minimum de matériel pour pouvoir caser des bouteilles de survie !
Soirée italo-kurde a danser pres des paillottes. Un jeune ouvrier m'explique qu'il a rendez vous demain avec Sophie, mais que j'en sais plus que lui et que je pourrais lui donner des infos. Les Italiens ne connaissant pas les regles, des copains des Kurdes en profitent : je dois remettre plus que sérieusement en place mon cavalier qui a bien 20 ans de moins que moi... les mains baladeuses, ça n'a rien de traditionnel !

15 septembre 2004

Hasankeyf

Le barrage bouleverse l'environnement pour irriguer les champs de coton et comme c'est souvent le cas des villes proches qui les subissent, Hasankeyf est tres souvent victime de coupures d'eau. J'aurais mieux fait de prendre ma douche avec le filet d'eau qui s'est remis a couler entre 1 h et 2 h du mat, parce qu'a 6 h, ce n'est même plus la peine d'y penser. Heureusement, les lingettes en tous genres, ça aide bien.
Petit dej turc traditionnel (bon) : tomates, concombres, olives noires, fromage, pain, beurre, miel : 4,250 millions.
Le passage pour acceder au premier turbeh est gardé par un chien qui n'a pas envie de nous laisser passer et nous le fait savoir. Comme j'ai déja, quelques photos d'extérieur feront l'affaire.
Le turbeh de Zeynal bey, lui aussi est gardé : par les ouvriers du chantier d'a côté qui prétendent que les photos sont yasak. La, ils commencent a me gonfler ! Comme il parait que l'instruction viendrait du maire (?), je les envoie me le chercher, mais évidemment personne n'est candidat et tout le monde préfere reprendre son travail.
Si quelques Européens n'avaient pas passé outre l'état d'urgence et les interdictions, l'OFK en tête, pour faire passer l'info, aujourd'hui il n'y aurait plus la moindre photo du site a interdire !
Certains gosses ne vont pas a l'école, les parents n'ayant pas les moyens d'acheter la tenue réglementaire. Le gouvernement avait pourtant prévu un projet de loi peu de temps apres les élections pour rendre l'uniforme non obligatoire au moins en primaire et pour la gratuité des livres scolaires. J'ai loupé un épisode la ?
Le chantier de fouilles pres de la mosquée Sulayman a beaucoup changé depuis 2001. Pas mal de trucs ont disparu, une rue de bitume sépare le site, et la "restauration" de certaines parties comme la mosquée ayyoubide est a pleurer.
Toutes les 5 mn quelqu'un me salue ou m'interpelle et je croule sous les conseils de vues a prendre. Du coup, mon turc commence a s'améliorer (merci les Kurdes), ce qui enchante le keuf de service a la citadelle qui est venu prendre un thé en bas pour changer du thé qu'il prend a longeur de journée en haut. Il faut absolument que je vienne le voir pour qu'il m'explique tout bien.
Avec la chaleur qu'il fait, ça va être difficile de ne pas rotir sur place ! Maintenant, l'entrée est payante : 2 millions. Nat demande la réduction profs, ce qui nous fait moitié prix sans vérification...

Hasankeyf, citadelle

J'ai pas mal le vertige, mais comme Nat, jamais vu ! Même en l'aidant et en progressant a la vitesse escargot, ça nous prend un temps fou pour dépasser les çay bahçesi. Je la laisse a l'ombre pour profiter du site.
Ils ont disséminé les horribles panneaux jaunes explicatifs (en turc) un peu partout y compris sur la façade de certains bâtiments. Mot d'ordre : que ce soit surtout bien voyant !
Les visiteurs (majoritairement Turcs) qui montent ici considerent la cité comme une poubelle et n'hésitent pas a laisser bouteilles en plastique et autres détritus, quand ils ne prennent pas les salles du palais pour des toilettes !
A partir du grand palais heureusement, la plupart abandonne. Je peux enfin savourer pleinement le silence somptueux et le paysage sublime des montagnes. Seule dans la cité endormie, je peux avoir l'illusion d'être dans un autre temps... moments magiques écrasés de soleil...
Je n'ai pas le temps de tout faire et accessoirement, je manque d'eau et de pellicules. Il y a un vague échafaudage sur la deuxieme porte et une partie de ses pierres a disparu. Ce qu'ils ont l'intention de faire, mystere, mais j'ai repéré une des pierres qui traîne plus haut sur le site, jetée n'importe comment... bref, rien d'encourageant. Je suis contente d'avoir tout mitraillé les fois précédentes : il est impossible aujourd'hui de refaire certaines photos !
Je récupere Nat au passage et on file prendre les bagages, juste a temps pour le dolmus qui va a Midiyat.
Hasankeyf/Midiyat : 60 km, 3 millions. Dans le dolmus, on demande a un papy s'il connait un hôtel propre et pas hors de prix. Sa voiture l'attend a l'arrivée et il nous accompagne... au Yuvam. La, je refuse énergiquement, une fois ça suffit !
L'hôtel plus touristique est franchement cher pour l'endroit (45 millions) et on ne veut pas aller au köy chez papy : pas le temps.
Il nous conduit chez sa belle-fille (son fils est absent la semaine) qui trouve tout a fait normal de nous accueillir, et refusera d'accepter quoi que ce soit en remerciement : l'hospitalité, les Kurdes connaissent !

14 septembre 2004

Hasankeyf

Le motel a Hasankeyf a rouvert et comme c'est le seul, profite de la situation d'autant que l'ögretmenevi est complet. 25 millions par personne (ramenés a 20), douche et wc communs, pas de drap, couverture douteuse, cendrier et poubelle absents, ce qui évite de vider ou de changer.
Bonne nouvelle : Erdogan aurait promis que le barrage épargnerait la ville.
Un tour jusqu'a l'entrée de la citadelle avant la nuit me fait craindre le pire : pour soutenir la tour-porche, ils n'ont rien trouvé de mieux que de grosses barres et des câbles metalliques et histoire de fignoler, ils ont rajouté de "beaux" escaliers tout neufs et une sorte de guérite, le tout en feraille verte !
Le Tigre est boueux a cause du barrage qui approvisionne en eau les nombreux champs de coton et son cours est diminué. Heureusement que j'ai déja des centaines de photos...
Le tourisme naissant ayant déja fait des ravages, je suis obligée d'envoyer bouler la meute des petits guides sous peine de ne plus les voir décoller. Heureusement, les adultes (enfin, les hommes : a part dans les dolmus, aucune femme a l'horizon) rattrapent le coup : tout le monde vient nous saluer et veut nous parler.
Apres le resto, je fais le tour des internet-cafés : 2 en panne, 1 fermé, 1 introuvable... je vais avoir un sacré retard !
Nat prend un thé avec moi avant d'aller se coucher (se couche avec les poules !). J'en profite pour rédiger un peu avant que plusieurs messieurs viennent s'installer a ma table. Le serveur propose de me conduire en Irak (170 km) : vraiment tentant ! Si je n'étais pas pour encore quelques jours avec Nat...
Prix des 5 thés : 0 million, je suis misafir...

06 juillet 2002

Hasankeyf

Nous allons faire un tour dans la paillotte d'a coté qui a recueilli 2 jeunes faucons : regard consterné de notre hote qui vient nous récupérer et nous empeche meme apres d'aller trop pres de l'eau, probablement au cas ou on en profiterait pour se sauver a la nage...
Apres un déjeuner avec du poisson (le Tigre en regorge), on se fait un tour photos pres des 2 turbeh sous un soleil de plomb. Les gosses nous réclament des stylos et nous font remarquer qu'il y a 2 touristes en short ultra mini : on les envoie leur dire 'shocking', ce qui semble porter, puisque quand on les recroise une heure apres, ils sont habillés un peu plus décemment.
Bus pour Batman (35 km - 1 million par personne - 213 000 habitants) et dolmus pour Silvan (55 km - 2 millions par personne - 73 600 habitants, avec controle des papiers 22 km avant l'arrivée). Sur place, il n'y a ni hotel, ni taxi, mais des passageres, puis le chauffeur nous supplient de venir chez eux. C'est mignon, mais pas tres indiqué étant donné qu'il faut demander l'autorisation a la polis qui s'empresse de nous proposer la maison des enseignants. Une tres belle bete d'Antalya (décidemment, ils doivent faire un élevage la-bas pour fournir l'armée et la police) nous accompagne en voiture (c'est loin, au moins 100 m) et nous invite a venir les voir une fois qu'on sera installées.
Mustafa (la belle bete) nous conduit vers une table dans le jardin (toujours bien installée la police) ou 3 de ses collegues nous rejoignent (dont une autre belle bete, mais dans un style différent). Café, pasteque... Mustafa veut une adresse internet et me note son nom et l'adresse de la caserne pour qu'on lui envoie une photo. Ca tombe bien, il en a une de lui qu'il me tend en vérifiant que je la range bien dans mon portefeuille : ça, pas de danger, ça peut toujours servir pour un prochain controle... Comme la turkish polis n'est absolument pas directive, il m'apprend d'un ton ferme que je dois me laisser pousser les cheveux... pas possible, je tiens a les avoir plus courts que les turkish policiers.
Quand ils se mettent a etre mignons, ils ne font pas dans le détail : je n'ai pas le droit de toucher a mon paquet de cigarettes (je dois prendre les siennes), ni a mon briquet (idem, il est la pour me les allumer), et il envoie meme un petit jeune au ravitaillement : un paquet de longues pour lui, de normales pour moi : observatrice en plus la turkish police ! Apres les questions habituelles : job, age (ils sont tellement sidérés qu'on n'arrivera plus a reprendre notre sérieux de la soirée), on apprend qu'ici on est au Kurdistan (décidément, le discours officiel a du mal a passer). Grizzli (la 2e belle bete) qui grogne sur Sandrine depuis le début, mais me fait des sourires charmants, me signale qu'il faut qu'on apprenne le turc et que Mustafa, on peut l'emmener dans nos bagages (vu la taille, va falloir faire plusieurs voyages). Ils veulent savoir ou on en est avec Le Pen : visiblement toute la police turque s'est inquiétée pour nous... Avant de partir, ils nous demandent de revenir une fois qu'on aura vu Bitlis : doit y avoir un virus contagieux qui sévit chez les keufs et les militaires en poste dans le Sud-est !

Cizre - Hasankeyf

On vous avait laissés il y a 5 jours a l'internet café de Cizre, donc je reprends a la sortie. Evidemment, aucun taxi en vue : on demande donc a un commerçant qui nous a abordées, ou en trouver un. Visiblement, a cette heure ci c'est mission impossible. Il se renseigne quand meme aupres de 2 athletes qui viennent de quitter leur voiture... qui se proposent pour nous raccompagner. Difficile de refuser : c'est la turkish police ! Vu le gabari, la voiture banalisée et le niveau d'instruction (ils parlent anglais), ce ne sont pas de simples flics. Ils tiennent a nous faire remarquer qu'ils se conduisent en "gentleman" (font de gros efforts pour tout bien faire), ce qui ne les empeche pourtant pas d'ironiser sur la brillante performance de l'équipe de France de foot.
Le lendemain matin, le taxi nous fait faire le tour des otogar pour dolmus avant de trouver le bon... a 50 m de l'hotel. Direction Sirnak (2 millions par personne - 44 km). Mon voisin est mort de tract : c'est olé olé de s'assoir a coté d'une inconnue, mais il n'y a pas d'autre place libre. Bien sur, on retombe sur le controle militaire de la veille : ils sont ravis (tout juste s'ils ne nous sautent pas au cou) et s'empressent de décharger nos bagages ! La route de Sirnak est yasak et il n'est absolument pas question de nous renvoyer comme ça : apres un café, et une engueulade en regle au petit jeune qui m'a apporté un cendrier pas assez bien au gout des chefs, ils font mumuse avec mon keffieh (mais sont moins entrainés que nous a les nouer a la kurde) et me font essayer toutes les marques de cigarettes qu'ils ont en stock.
Ensuite, réunion en haut lieu pour nous trouver un itinéraire pas yasak, puis le chef se met a dessiner un coeur sur paint shop (on l'aide a mettre la couleur), et écrit laborieusement "I love you". Tres fier de son chef d'oeuvre, mais pas sur que le message soit bien passé, il mime un coup de foudre suivi d'une scene ou il meurt brusquement d'amour... sous le regard ahuri des appelés qui n'ont jamais vu leurs supérieurs se conduire comme des gamins.
On a un peu de mal à leur faire admettre qu'on voudrait bien continuer notre voyage : ils nous invitent le soir pour manger du poisson et boire du vin, du raki, de la vodka... Ben voyons ! Avant de nous laisser partir, ils insistent pour qu'on revienne les voir une fois qu'on aura été a Hasankeyf ou nous avons finalement décidé de passer. Toutes les 5 mn, il y en a un qui tient a nous taper dans la main (ça se fait entre grands arkadas) et toute l'équipe veut venir en vacances en France. En attendant le taxi qu'ils ont quand meme fini par appeler (au bout d'une heure et demie), le chef tient a me signaler que mes yeux sont çok çok güzel : j'évite de lui laisser ma carte de visite pour qu'il continue a ignorer qu'il est en train de draguer l'OFK...
Dans un premier temps, direction Idil, puis Midyat, avant de prendre un dolmus pour Hasankeyf (Midyat-Hasankeyf : 2 millions - 40 mn - 5 500 habitants). L'unique motel étant fermé, on demande une chambre a la maison des enseignants (10 millions), malgré les insistances de 5 profs kurdes qui veulent qu'on vienne avec eux a Batman. De toute façon, ils ne sont pas surs que la police nous donnera l'autorisation de rester ici... Ben elle la donne l'autorisation la police ! Elle en profite meme pour virer les 2 profs qui nous ont accompagnées (faut pas qu'ils soient en retard pour rentrer a Batman) et est visiblement enchantée de s'occuper de nous : thé, cigarettes, avant d'aller nous chercher a manger. Ils tiennent a ce qu'on leur donne le nom français de tous les objets qui nous entourent, font les clowns et insistent pour qu'on mange des glaces une bonne partie de la nuit. On en accepte une, mais on doit batailler énergiquement pour ne pas qu'ils dévalisent tous les congélateurs de la ville. Ils promettent qu'on peut dormir tranquilles puisqu'ils vont veiller toute la nuit avec leur char (on en profite pour avoir une visite guidée) et qu'ici il n'y a pas de terreur. Ils tiennent a nous signaler qu'a Hasankeyf, il y a des Kurdes et des Arabes, mais pas de Turcs a part eux bien sur (tiens, tiens, c'est pas le discours officiel ça...).
Appel du Dersim : on nous réclame a Ovacik... Se foutent de l'état d'urgence : on est passées 2 fois, on passera bien une troisieme...
Je me réveille a 5 h 30 sans espoir de me rendormir vu la chaleur qu'il fait dans la chambre. Il n'y a pas d'eau dans la salle de bain et comme Sandrine n'ouvrira pas les yeux avant plusieurs heures (je me demande toujours comment elle fait pour dormir autant quoi qu'il arrive), je vais faire un tour avec mes appareils. Hasankeyf est toujours aussi magnifique et malgré les 600 ou 700 vues que j'ai déja de la ville, et la baisse alarmante de mon stock de pellicules, je ne résiste pas au Tigre et au vieux pont. Les Kurdes non plus ne résistent pas longtemps : un jeune vient me chercher au bout de 10 mn soit disant pour un thé. En fait, je reçois immédiatement l'ordre de partager un premier petit déjeuner, pendant que le jeune est fermement éjecté par ses ainés.
L'un m'explique fierement qu'il parle kurde, turc et arabe, alors que je ne parle que 2 langues... avant de déplorer que ça ne lui sert pas a grand chose étant donné que nous n'en avons aucune en commun. J'en prends quelques uns en photo, mais il faut recommencer : je n'avais pas prévenu et ils n'ont pas eu le temps de se faire tout beaux... donc, on peigne les cheveux et les moustaches avant de reprendre la pose. Plus ça va, plus ils se regroupent, l'air de rien, juste pour dire bonjour en passant... avant de s'installer. Le bureau des réclamations rale que ce n'est pas juste que je refuse un 3e petit déjeuner (j'en ai pris avec d'autres, y a pas de raison) et approuve chaudement mon choix d'etre restée célibataire (s'ils avaient su...).
Vu l'attroupement, j'appelle Sandrine en renfort a 8 h et demies. On se fait kidnapper par un responsable de resto (une paillotte au bord du Tigre) qui s'est emparé de mon sac photos et marche d'un air fier devant ses copains qui ne sont absolument pas invités a nous suivre.
Appel du Dersim : cette fois, on nous réclame a Tunceli...

02 juillet 2002

Hasankeyf

Passé la nuit ici. Cette ville est toujours aussi belle. Décidément j'ai une préférence pour les villes au bord du Tigre. C'est qu'il y a à partir de Diyarbakir jusqu'à Cizre une lumiere particulière, une vibration de la couleur qui enchanterait les peintres. Et le Tigre à Hasankeyf a vraiment une couleur particulière, ou plutôt toute une palette : bleu roi, vert Nil, turquoise, vert amande, terre de Sienne, émeraude, et tout ça dans le même fleuve, sous les mêmes piles de pont... Ça, c'est pour la peinture. Pour ce qui est de la sculpture, elle est au-dessus. Les falaises de craie sont creusées, arrondies, ajourées, par l'eau et les villageois troglodytes. Ce que j'aime c'est que les monuments et les pierres naturelles s'harmonisent absolument au lieu de se faire concurrence.
La beauté du tombeau de Zeynal Beg est égale à celle des montagnes rondes et roses derrière et la tour de la citadelle aux deux lions affrontés a la même élégance émouvante, dans son jaillissement, qu'un rocher détaché et laissé sur la rive, que l'eau a rongé. Il est neuf heures du matin et je petit-deéeune les pieds dans la flotte, dans une de ces paillottes qui depuis un mois et demi couvrent la rive droite du Tigre.
Un vrai déjeuner de Kurde : pain, dew, concombres, tomates et thé (oh, mon café noir...).
Consolation : le fleuve grouille de poissons et tous les restaurants et épiceries proposent du poisson frais. Hier, comme l'unique motel d'Hasankeyf a fermé nous avons été dans une ögretmenevi, une Maison des Professeurs, une espèce de gîte rural réservé aux enseignants. Modique mais propre et avec l'essentiel. Déjà à Ovacik le kaymakam nous l'avait proposé. Et comme à Ovacik les professeurs en vacances passent leur temps à jouer à un jeu qu'ils appellent OK (je l'écris comme je l'entends) qui semble être un mélange de loto et de domino. Ça a l'air passionnant. Les policiers y jouent aussi. Débarquées dans l'ögretmenevi j'alpague le premier venu (en me fiant à son air plus éveillé) et lui explique le probleme. Dans un anglais triplement boiteux il me dit qu'il n'y a pas de probleme, qu'il faut demander l'autorisation à la police, qu'ils accepteront sûrement et qu'en attendant on va monter nos sacs. Tres agréable jardin à l'intérieur, avec vue sur le vieux pont. Le temps de s'installer, de boire un thé, de s'apercevoir que je parle kurde. Comme d'habitude, sciés et contents. Tout le groupe était des professeurs de Batman, venus passer ici l'apres-midi. L'un d'eux était tellement impressionné qu'il a commencé de m'expliquer qu'il n'avait pas son stylo sur lui mais que sinon il m'en aurait fait cadeau. J'avoue que j'ai trouvé ça si incroyable que je lui ai fait répéter : hadi'a. Son stylo de professeur ! C'est la premiere fois qu'un professeur de mathématiques est aussi content de moi, je dois dire. Bref, entretemps, ils n'avaient plus du tout envie de nous laisser à Hasankeyf et insistaient plutôt pour que l'on vienne chez eux, à Batman. Des fois que la police nous refuserait l'autorisation, hein...
Mais dès qu'ils nous ont vus, les policiers, ils n'ont pensé qu'à une chose, virer les profs et nous récupérer pour eux tous seuls. J'ai bien vu qu'ils étaient consternés et ne s'y attendaient pas du tout. Les pauvres... Du coup on a passé la soirée avec les deux policiers qui étaient en faction de nuit sur la route et le pont moderne, assis devant leur tank. Car les policiers ici ont un tank. Ils contrôlent principalement les camions de pétrole qui viennent du Kurdistan d'Irak et roulent la nuit. Ils nous ont commandé un repas, le restaurant a dressé une table dehors et l'un d'eux, prénommé Ahmet, a fait le service, très stylé. Ensuite on a été les rejoindre autour de leur petite table à thé et on a mangé des eskimos tous les quatre, en regardant passer les camions et en répondant à leurs questions sur le foot, Le Pen (ça les a beaucoup inquiété cette histoire, visiblement). L'autre (je ne me souviens plus de son nom) nous a sérieusement expliqué qu'à Hasankeyf il n'y avait pas de Turcs, seulement des Arabes et des Kurdes.
Tous trilingues pour la plupart, même les enfants, de sorte qu'il est parfois impossible de les différencier. En fin de matinée le moxtar est venu faire la causette (je ne sais plus ce qu'est un moxtar mais c'est une fonction administrative). Il voulait avoir des nouvelles de sa ville, savoir ce que l'on pensait du projet de barrage. Nous l'avons rassuré en lui apprenant le désistement des investisseurs. Il était content. Ils n'ont pas l'air très informés sur place.
*** ***** ******* Tigre eau et pelage animal et fleuve rayures d'azur Souple échine qui s'étire sur le tapis vert du Botan **** ***** *****

Nouveau blog - Nouveau forum

Le blog a changé d'adresse. Pour lire la suite et consulter les posts avec les photos, cliquez ici.

Pour le nouveau forum, c'est ici.