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15 mai 2007

Messe et fête chrétienne

A Karaoula, c’est la fête de la vierge Marie gardienne des semences (visiblement active dans le coin) et l’inauguration de l’église.
Vu la foule, les 80 familles du village doivent être presque toutes présentes : quand l’évêque vient, il n’est évidemment pas question de sécher la messe sans motif valable !
Côté photo, c’est intéressant, je n’avais pas encore de cérémonie chrétienne, et il y a en prime deux sœurs de «l’immaculation», que nous traduisons immédiatement par immaculée conception !
Côté humour, on en trouve toujours, on gardera le «You want ?» plein d’espoir du prête qui prétend me refiler une hostie.
En sortant, Monseigneur nous demande si nous avons communié. Ben non, nous avons mangé il n’y a pas longtemps. Visiblement, ce n’était pas grave, c’est comme pour la piscine, après trois heures ça ne compte pas.
Comme il insiste, Sandrine lui rappelle que nous ne nous sommes pas confessées, mais il ne voit pas le probleme, ca prend 5 mn. Je me marre que je ne suis de toute façon pas baptisée : pas grave non plus, on peut arranger ça sur le champ. Je les trouve plutôt cool sur les devoirs des Chrétiens par ici, ou alors, il y a du favoritisme dans l’air !
Tout le monde va ensuite s’asseoir sous une toile de tente (enfin, les hommes et les Soeurs), puis nous sommes invitées à venir manger avec les hommes (les femmes attendront qu’ils aient terminé) à la droite de l’évêque, avant de retourner sous la tente.
Beaucoup moins drôle que les fêtes kurdes où il y a toujours de la musique et des danses...
Monseigneur profite du rassemblement de ses ouailles pour leur demander qui pourrait lui trouver du porc pour ce soir, puis après deux visites à des malades dans le village, nous retournons à l’évêché d’où nous repartons pour le pont Delal dont je n’avais que quelques photos.
Change en ville : 170.000 dinars pour 100 €.
Je note que dans le coin, côté prospection pétrole, ce n'est pas compliqué vu qu'il faut surtout éviter de marcher dedans !
Pour le dîner, il y a un feu dans la cheminée du bureau de Mar Patros (au mois de mai !), la clim. à cause du feu, et des brochettes de porc. Du whisky aussi, mais on refuse d’accepter plus d’un fond de verre (si, même qu'on a des photos pour le prouver).
Le premier soir, je me suis assise avant le bénédicité, le deuxième c’est Sandrine qui a gaffé (on s’est tiré la langue pour marquer le coup) et ce soir, c’est carrément Monseigneur qui l’a zappé ! Il a l’air douloureusement surpris d’apprendre que nous repartons demain, mais c’est une constante au Kurdistan de se faire croire qu’il n’y aura jamais de départ, ou dans longtemps…

14 mai 2007

Villages chrétiens

Le chauffeur de l’évêque piaffe d’impatience le temps que nous finissions notre petit déj. Nous avons l’habitude d’être maquées par les Kurdes, par les Chaldéens c’est une première ! Côté chambres à l’évêché, nous avons le choix : à l’étage, elles sont toutes inoccupées, équipées, grandes, neuves, pourvues de la clim., à un ou deux lits. On s’installe dans la plus grande avant d’aller prendre le thé rituel.
Mar Patros nous emmène dans le village chrétien de Peshkhabur, flambant neuf, qui comme la plupart a été détruit sous Saddam. Le gouvernement finance les reconstructions, y compris celles des églises.
Celle-ci est au bord de l’eau, à une centaine de mètres d’un village chrétien syrien sur l’autre rive. A l’occasion des travaux, les fondations d’une ancienne église du milieu du 15e siècle ont été découvertes.
A Cembkurik, village également neuf, la reconstruction d’un bassin est en cours : sa source avait été bouchée également par les sbires de Saddam.
Les 4 x 4 sont nombreux dans la région : ici, ils sont indispensables et loin de la frime parisienne.
Nous allons ensuite à Piraka, le village de la sœur de Mar Patros, qui avait initialement été construit pour arabiser la région. Il y avait un pont, soit disant roman (romain ?), mais il ne reste plus grand-chose à photographier.
Nous finissons la journée par le village neuf qui accueille aujourd'hui les habitants de Sanate aujourd'hui détruit et inaccessible.

13 mai 2007

Paperasse, Yézidis, Chrétiens et whisky

Avec l’orage tempête d’hier, il n’y a pas d’électricité ce matin. Quand elle arrive, la chaudière s’étant probablement arrêtée, il n’y a pas non plus d’eau chaude, puis plus d’eau, sauf à un robinet séparé, mais elle est glacée. On a connu pire en Turquie, donc on fait stoïquement avec avant d’aller prendre un petit déj. Au Safeen Restraunt (restaurant touristique) : soupe, grands thés, Kiri, miel, yaourt frais, olives, tomates, pain, bas-beurre, eau. Copieux et excellent pour 10.000 dinars.
De temps en temps, il y a des coupures d’électricité, mais ça ne dure généralement que quelques secondes. Rien à voir avec la Turquie, y compris Istanbul, où il est courant de n’avoir ni eau ni électricité pendant deux ou trois jours : dur l’hiver quand en plus le chauffage en dépend. Ici, personne n’a l’air d’y prêter attention, les micro-coupures n’étant vraiment dérangeantes que quand vous venez de terminer un post et que l’ordi boot avant qu’il ne soit sauvegardé !
Visite à l’antenne locale du Ministère de l’Intérieur pour mettre nos passeports en règle. Il faut remplir de la paperasse (avec timbre fiscal et photo) pour tout séjour supérieur à dix jours. Sandrine n’ayant pas de photo, ils en font sur place ce qui nous évite la chasse au photomaton. Avec les deux timbres fiscaux et ses quatre photos d’identité, ça fait 7.000 dinars pour les deux passeports… et 2 h 30 d’attente, l’obtention du tampon final nécessitant 5 minutes kurdes nous prenant plus d’une heure. Les jeunes gardes sont ravis, ça leur permet de nous installer des chaises à l’ombre et de tromper l’ennui en bavardant. Le Kurdistan étant plus efficace que le meilleur des chirurgiens esthétiques parisiens, ils ne nous donnent pas plus de 20 ans, mais contrairement à leurs compatriotes de Turquie, ils ont l’air de trouver ça naturel.
On retourne au motel chercher nos sacs pour les déposer au centre yézidi et pour aller saluer le Pir qui a appelé plusieurs fois aujourd’hui et se désole qu’on ne lui ait pas demandé pour les formalités. Evidemment, comme en plus d’être Pir il est également député, ça aurait pu aider.
Taxi pour Zakho (45 mn, 35.000 dinars) qui nous dépose à l’hôtel Cham (30.000 dinars). Comme Sandrine ne sait pas dire évêque en kurde (visiblement le mot n’existe pas de toute façon), elle demande à la réception s’ils savent où trouver Mar Patros Harboli. Ils finissent par comprendre que nous cherchons «grande barbe» : en fait, les évêques de notre connaissance n’ont pas de barbe, sauf les orthodoxes, mais comme ça tout le monde comprend qui nous cherchons.
Le réceptionniste indique le chemin au chauffeur de taxi, mais comme il n’a pas l’air de tout comprendre, on l’arrête à la première soutane.

Nous sommes bien près de l’évêché construit il y a un an et demi (cadeau du Gouvernement), mais son évêque (ordonné en 2002 devant 7।660 personnes) est pour l’instant à l’église. On nous conduit là-bas et il nous reçoit avec un «Qui êtes-vous ?», avant de nous faire la bise quand il apprend que nous sommes des amies de son cousin. On va ensemble voir un village chrétien proche dont il surveille les travaux de restauration de l’église, puis on revient ensemble à l’évêché, mais il ne comprend pas que nous n’y avons pas laissé nos affaires plutôt que d’aller nous installer à l’hôtel.

Il nous conduit à son bureau et nous attaquons les présentations et nouvelles d’usage। Il y aurait mille familles chaldéennes dans la région de Zakho et le Gouvernement s’occupant activement des minorités, il n’hésite pas à créer des comités mixtes chargés de faire avancer les choses. Mar Patros a lui-même participé à un groupe chargé d’améliorer les conditions de vie de la population, en collaboration avec un mollah et un juge.

Puis il nous demande si nous avons faim et si nous voulons boire quelque chose. Comme c’est l’heure effectivement de manger, c’est oui aux deux questions, mais je ne m’attendais pas à la bouteille de Chivas : pas la mignonette, celle d’un litre… qu’il a visiblement l’intention de caser dans nos trois verres.

Je prévois le coup et j’ajoute un maximum d’eau au mien, le remplissant à chaque gorgée histoire qu’il soit toujours plein, et je mange pour limiter les effets du whisky. Je me méfie des alcools forts et j’évite d’ailleurs de boire en voyage. Sandrine non et Monseigneur en rajoute en ouvrant une deuxième bouteille… là, ça déraille un peu. Je le trouve un peu trop tendre pour le peu de temps qu’on se connaît, et Sandrine dans un grand élan de compassion et de fraternité lui explique que je suis totalement athée, ce qui ne lui viendrait jamais à l’esprit dans un état normal.

Soirée placée donc sous le signe de la paix, de l’amour (des Kurdes), et du whisky. Monseigneur se lamente que nous ne voulons pas dormir ici et Sandrine le console que nous le ferons demain. Elle m’explique qu’elle est d’accord pour partir, mais qu’elle ne sait plus comment faire pour marcher droit : pas grave, on n’en est pas à notre coup d’essai, suffit qu’elle me donne la main et qu’elle me suive : je m’occupe du reste.

A l’hôtel, je demande si quelqu’un sait où trouver des clopes à cette heure, mais tout est fermé. Heureusement, entre fumeurs, il y a solidarité : un Kurde de Turquie avec qui je discute un moment me donne un paquet des siennes et refuse fermement que je le lui paie.

Je récupère Sandrine qui m’attend sagement assise sur un canapé et l’emmène se coucher. Elle s’endort immédiatement, j’espère juste qu’elle n’aura pas trop bobo crâne demain…

12 août 2005

Kurdistan... enfin !

En cherchant une carte de l'Irak dans une boutique, le vendeur nous propose un taxi gratuit. En fait, avec un petit aménagement du réservoir, le voyage approvisionnement en essence est tres largement amorti.
Notre chauffeur s'arrête plusieurs fois pour réparer sa voiture qui empeste tellement l'essence qu'exceptionnellement je m'abstiens d'allumer une clope !
Il fait une chaleur étouffante, une poussiere grise emplit l'air, et des kilometres de camions attendent de passer la frontiere. La zone est d'une pauvreté désespérante.
Notre chauffeur nous laisse a un petit abri thé pour aller remplir les premieres formalités : pas les dernieres ! 3 h 30 d'aller-retour dans différents bureaux pour avoir enfin le tampon de sortie, avec des douaniers méprisants et plus que désagréables.
Mon portable sonne. Un illustre inconnu me demande en anglais si je vais bien : je passe a Tom qui parle largement mieux que moi (pas difficile !) : on nous attend de l'autre côté de la frontiere.
On passe enfin : drapeau du Kurdistan en vue ! L'émotion me fait monter les larmes aux yeux : va falloir que je fasse gaffe a ne pas tourner midinette !
Entre les 2 frontieres, c'est le jour et la nuit. Ici, tout est accueillant, ça sourit de tous les côtés, et je suis tres agréablement surprise de la propreté et du bon goût qui regnent partout.
Ca se confirmera par la suite : les Kurdes ont bien bossé en un peu plus d'une décennie et réussi a faire un pays vraiment joli et agréable. Même si il y a encore du travail, les montagnes sont verdoyantes, les champs cultivés, les rues propres, les maisons de bon goût (ça change du kitsch turc) et sourtout, quel bonheur de les voir enfin chez eux, détendus et souriants.
Ici, ils ont su garder leur culture, tout en intégrant le modernisme. Dans les villages, de jolies paysannes ont conservé leur élégant costume traditionnel : un vrai régal que je consomme sans la moindre modération !
On file au bureau des relations publiques ou nous attend le PDK qui nous accompagne au pont de Zakho construit par Delal il y a 700 ou 800 ans.
Par un tour de passe-passe que je me promets d'éclaircir un de ces 4, c'est l'UPK qui nous accompagne a Duhok (environ 700.000 habitants).
La ville est moderne et sympa. Les keufs aux contrôles (qui consistent principalement a faire coucou avec un grand sourire) sont mignons comme tout : le Kurdistan a la police et l'armée les plus craquantes au monde (sans le moindre parti pris de ma part, promis, juré) !
Abdulbari (m. Alzebari, mais on va abréger) nous attend. Il dirige le bureau UPK de Mossoul et nous emmene dans une ancienne base militaire de Saddam, transformée en parc d'attraction : Dream city.
Je peste contre les journalistes qui arrivent ici avec des idées préconçues et la ferme intention de repartir avec : même pas foutus de voir ce qui creve les yeux, la misere et la guerre étant probablement plus rentables !
Dîner en famille au cercle des avocats dans un jardin a la fraicheur bienvenue.
Abdulbari ne croit pas un seul instant que ces féodaux du PDK soient pour quoi que ce soit dans notre présence ce soir. Ca confirme qu'il y a eu un cafouillage quelque part pour qu'apres un appel au bureau PDK d'Ankara (numéro donné par Saywan a Paris), nous soyons les invités de l'UPK...
Peu importe pour l'instant, la soirée est sympa et je peux poser en vrac toutes les questions que je veux.
Dans le désordre :
- Le symbole de l'oiseau (sacrifice) et du serpent (royaume) caractérise le courage et la ruse des Kurdes capables au besoin de se sacrifier pour leur peuple. En kurde, l'oiseau s'appelle anka, il se sacrifie pour ses petits, mais je vois mal le pélican représentatif ici, la mer étant un peu loin.
- Le salaire moyen au Kurdistan est de 200 dollars. Les militaires payés par le gouvernement central gagnent 300 dollars, les peshmergas rémunérés par les partis entre 170 et 200 dollars.
- Pour les revenus du pétrole, 5 % vont aux habitants, 60 % sont destinés au Kurdistan et 35 % au gouvernement iraquien. Les Kurdes demandent que les revenus soient proportionnels au pourcentage de la population et pensent que ça va être accepté puisque juste... je garde pour moi mes doutes sur le sujet.
- Les Kurdes des autres pays peuvent contacter le bureau de l'immigration si ils veulent s'installer ici. Seule condition, ne pas avoir participé a des actions terroristes.
Avant de partir a l'hôtel, en fait un chouette appartement que nous a fait réserver Abdulbari, il nous propose de l'accompagner demain a Mossoul. Tout est prévu pour notre sécurité, dans la limite du possible évidemment.
J'avais promis a Tom d'éviter les zones a risque, mais c'est trop tentant ! Il décide de suivre.
Ici, il est 2 h de plus qu'en France et donc une de plus qu'en Turquie.
Apres avoir préparé le matériel, il me reste 2 h a dormir : pas aujourd'hui que je vais rattraper un retard aussi chronique que le trou de la sécu !
Ahmet, notre chauffeur garde du corps, dort dans la piece a côté, Tom a une chambre avec un grand lit, et ma jolie chambre affiche une clim a 18 degrés ! Le tout est un peu superflu vu le peu de temps qu'on pourra en profiter, mais je peux recharger les batteries de tous mes appareils (prises aux normes GB généralement équipées d'adaptateurs).

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