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19 juillet 2002

Kars - Istanbul

Je reprends apres la coupure de courant d'hier qui m'a bazardé mon dernier post.
Pour Ani, c'est loupé : je n'ai pas la moindre envie d'aller crapahuter dans la boue et sous la pluie. Le directeur s'étant assuré qu'il ne pouvait rien nous vendre, téléphone a la Turkish pour réserver nos billets (Kars-Ankara/Istanbul : 139 millions par personne).
Vu le taux de change que pratique l'hotel et que ne désavouerait pas le pire des usuriers, on regle la chambre en euros (60), avant de prendre le taxi qu'a appelé la réceptionniste et qui pratique bien évidemment la panne de compteur suivie d'un prix prohibitif. A l'aéroport, Sandrine - qui malgré nos nombreux voyages ne supporte toujours pas l'idée de prendre l'avion - sidere un serveur en réclamant un whisky, pendant que je répare mon 800si que j'ai fait tomber, sous le regard ébahi de 2 clients. Ils n'ont visiblement jamais vu de tournevis miniature, pas plus que de photographe laissant tomber du matériel d'ailleurs, mais sur ce coup la, je suis aussi étonnée qu'eux : toujours pas compris comment ça a pu arriver, mes appareils passant toujours en premier quoi qu'il arrive...
Dans l'avion, je m'apercois que la neuneu de l'enregistrement ne nous a pas donné la carte d'embarquement pour la deuxieme partie du trajet, ce qui nous obligera a faire le forcing pour ne pas louper le vol... La journée ayant mal débuté, il n'y a pas de raison que ça s'arrete : le PKK a comme prévu squizé presque tous nos contacts a Ankara et a Istanbul. Pas tous heureusement, vu que pour cela, il faudrait que leur pousse un cerveau... Fidele a lui meme, il continue d'ailleurs a maquer, menacer et emprisonner Vlad (surnom donné par Sandrine vu que ''Poussin'' donnait des allergies au Parti) : pas capable de comprendre qu'il est hors de question que l'on cède sur ce point.
A part ça, Istanbul est chaude et j'ai comme des la premiere fois que j'y ai mis les pieds, l'impression de rentrer a la maison. L'hotel nous accueille comme d'hab avec de grands sourires (ils ont toujours une chambre pour nous) et le réceptionniste tient a nous baiser la main, avant de se précipiter pour monter nos bagages... Pour une fois, je ne vous donne pas le nom de l'hotel (on n'aime pas voir les touristes quand on est ici), mais une chambre correcte pour 2 a Pera/Beyoglu avec petit dej, c'est encore trouvable pour 25 euros. Par contre, je vous conseille d'aller chez Gino sur Istiklal pour oublier les éternels doner/kebap...

18 juillet 2002

PKK

Retour en avion normal, c'est-à-dire que j'ai sidéré le serveur du buffet à l'aéroport de Kars en lui demandant un whisky à 11 heures du mat. S'il m'avait fait le coup du petit crétin de Cizre je lui aurais défoncé le crâne. Roxane sait que je ne suis pas d'humeur très zen quand je prend l'avion. J'ai donc passé deux heures 30 cramponnée à mon siege en maudissant jusqu'à la dixieme génération tous ceux qui m'envoient dans des pays où il faut se rendre en avion. Dire qu'il y avait un temps où l'on ne voyageait qu'en bateau... Même le Titanic, je préfère...
Maintenant Istanbul. Très chaud, très lourd, moite, plus pénible qu'à Cizre, finalement. Bakhtiar s'est tiré en Europe, je l'ai appris à demi-mots par sa famille. Vlad est très très maqué mais pas abattu du tout. Ça a l'air d'être un sacré nid de frelons la politique ici. Si les jeunes se tirent, ils ne vont plus durer très longtemps. Cela me rappelle tout à fait les débuts de l'hémorragie en 1999, quand le PKK a commencé de se barrer en couilles. Même symptomes : décomposition, affrontements, affolement, directives aussi menaçantes que contradictoires. D'ailleurs ce parti fait si peu peur aux Turcs à présent, que des Kurdes d'Istanbul, bien assimilés et très éloignés de la lutte, vous parlent tranquillement d'un parent, qui est en Europe, à Medya TV, et ce dans des lieux publics, un bistro sur Istiklal par exemple. Il y a une époque où on ne se l'avouait même pas entre membres d'une même famille. Aujourd'hui cela n'a rien d'un secret dangereux, c'est comme si on parlait de l'original de la famille, d'un exotisme charmant...
Il est vrai qu'on a peu d'exemple historique d'un parti qui se soit vendu à ce point, en baissant autant les enchères. L'idéologie tombe d'elle-même, ne laissant aucun souvenir. Les cadres ? Ils rentrent dans la vie civile, ils font des affaires (du moins pour les plus doués ou les plus mafieux), la plupart végètent. En tant qu'anciens combattants, ils ont d'ailleurs peu de faits glorieux à raconter à la postérité. Quelque chose entre "Comment nous avons été trahis" et "Comment nous avons trahi".

16 juillet 2002

Déluge

Difficile d'expliquer a l'hotel qu'on doit réellement partir : le serveur qui avait insisté la veille pour nous emmener sur la terrasse fait tout son possible pour nous retenir un jour de plus। Personne ne comprend jamais réellement ici pourquoi nous ne pouvons pas rester, et ça plaide jusqu'au bout en nous accompagnant au dolmus.
Le premier nous conduit a Igdir (50 km - 2 millions par personne - 40 mn - 46700 habitants) : il y a de la neige sur le mont Ararat qui semble en meilleur état qu'il y a 2 ans. On en profite pour manger dans un resto populaire ; quand il y en a un, c'est meilleur marché et on a une chance d'échapper aux kebap (dolma, poulet, salade, soda, thé : 4 millions). Puis minibus pour Kars (6 millions par personne - 130 km - 3 h).
Si quelqu'un cherche l'arche de Noé, il doit se trouver dans le coin : grele, trombes d'eau, orage... La foudre tombe a quelque metres du car, il fait pratiquement nuit a 17 h et les rues sont inondées. Dans ces conditions, on n'a pas franchement le choix : le taxi nous conduit au 1er hotel touristique dans une rue pratiquable. Vu le déluge et la quasi impossibilité d'en atteindre un autre, ils s'empressent de nous appliquer le top des tarifs pour une chambre correcte mais sans plus (Sim-er : 96 millions la chambre avec petit dej quand meme). Le resto pratique également des tarifs élevés, mais comme il n'est pas question de sortir...

Kars

Trois heures de car pour faire 130 km. Le record. En plus, à l'arrivée, orage et grosse pluie, une inondation monstre dans Kars, les rues envahies par l'eau, les passants avec de l'eau jusqu'aux genoux et le taxi qui doit naviguer, c'est le cas de le dire, jusqu'à l'hôtel. La région semble d'ailleurs très pluvieuse. En plein juillet, les blés ne sont pas mûrs, et ils en sont encore à faucher les prés. Comme à Bitlis, beaucoup de petits chevaux, noirs ou bais. Mais les villes ici sont tristes, austères. Si c'est ça l'Arménie, on se demande pourquoi les Kurdes revendiquent un tel pays quand ils ont des villes comme Urfa, Hasankeyf, Diyarbakir. Rino prétend d'ailleurs que Kars, c'est plus la Géorgie que l'Arménie. N'empêche qu'il y eut un gouvernement arménien à Kars dans les années 20, qui en représailles des grands massacres tua beaucoup de Kurdes si bien que les Kurdes de Kars demanderent à la SDN de les rattacher à la république turque.
Le principal intérêt de Kars, c'est Ani, la ville aux cent et une églises, comme la vantent tous les tours... en omettant de préciser qu'étant sur la frontiere arméno-turque, et donc en pleine zone militaire, il est interdit de photographier la plupart des monuments et tout se fait sous contrôle militaire. De toutes façons vu le temps gris, Roxane ne veut faire aucune photo. C'est la supériorité des peintres sur les photographes, eux peuvent représenter la beauté d'un paysage gris... Comment font les photographes quand ils veulent photographier la pluie ? Bref, demain, retour sur Istanbul.

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