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12 juillet 2002

Bitlis - Van

Aujourd'hui, ce fut surtout une journée de transport. Le musée de Bitlis, quand il n'est pas fermé, doit faire face à un incendie de prairie, avec un beau camion rouge muni de sa grande échelle et un seul pompier qui regarde paisiblement le feu s'étendre sur les stèles seldjoukides tandis que le conservateur se tord les mains de désespoir en suppliant d'appeler la police. Il doit soupçonner avec raison les petits mendiants qui rançonnent agressivement les quelques touristes qui veulent s'y risquer. Quant aux stèles, c'est comme les tombeaux kumbet : quand on en voit une on les a toutes vues.
Ensuite dolmush jusqu'a Tatvan et bus jusqu'à Van. Encore un contrôle de la jandarma mais qui ne semble pas viser les touristes. Le gradé repousse ma carte d'un air dédaigneux. Sinon la route est bien belle.
Ici nous campons à l'hôtel Çaldiran. Il n'a vraiment pas changé depuis deux ans. Disons qu'après l'hôtel Seçuklu ça donne le frisson. Bien que tout soit objectivement propre, l'âge lui a donné une patine qui a la couleur de la crasse. Très désagréable. Mais Van n'est pas le plus beau coin à voir par ici.

11 juillet 2002

Bitlis

A Bitlis, les Kurdes n'arretent pas de nous interpeller pour discuter et boire du thé : ils sont contents d'avoir leurs 2 touristes। Pas comme l'hotel ou ça cafouille a la réception... j'ai l'impression que nous rentrons trop tot. Exact ! Dans la chambre (pas faite), le téléphone a été déplacé et on a du déranger un ''as'' du bricolage en plein travail : peu de chances que la tentative de dérivation des cables téléphoniques puisse servir a grand chose... a part se prendre les pieds dedans ! Je suis sure que l'initiative vient des James Bond 000 de Siirt.
Le lendemain a la pastane, c'est un vrai défilé : militaires intimidés et keufs en civil qui confirment ''touristes Siirt''. Quand des mouchards nous posent des questions sur le pourquoi de notre présence, les Kurdes nous soufflent la bonne réponse : touriste...
Avant de partir, je rends au réceptionniste la bobine de fils électriques qu'ils ont oubliée dans la chambre। Le pauvre essaie de me faire comprendre qu'il n'y est pour rien et pousse un soupir de soulagement quand je lui désigne du regard les 2 flics en civil que nous avons fait attendre le matin pendant 3 heures a la pastane.
Vu le flicage, les photos des montagnes, ce sera encore pour une prochaine fois : je n'ai pas de chance avec Bitlis। Les keufs viennent donner des consignes au chauffeur du dolmus dans lequel les Kurdes murmurent qu'on est de leur coté et venues pour eux.
C'est bien la premiere fois qu'on se fait pister d'une ville a l'autre et ça devient franchement ridicule. Bonjour l'image de la Turquie a cause de quelques zozos s'ils font le coup a des touristes modele courant !

08 juillet 2002

Bitlis

Berlin Pastahanesi. A Bitlis, on est quand même un peu fliquées. Je ne sais pas ce qu'ils ont bricolé avec les fils du téléphone dans la chambre d'hôtel mais ils ont tout cassé. Roxane est sûre que ça vient de ces connards de Siirt qui se la jouent James Bond. Quitte à me faire suivre, j'aurais préféré mon grizzly. Et même 10 jours de garde à vue ça ne me gêne pas (mais non A. je blague .) En plus à la pasta, entrent d'abord deux flics (grands et costauds mais pas beaux). Lassés de nous attendre à la table à côté (quand on l'a décidé on peut rester trois heures dans une pasta, autant qu'au restaurant) ils finissent par sortir et se faire relayer par les militaires, tous des appelés) qui entrent à leur tour d'abord à deux et expliquent en turc à côté de nous à un autre client : "tourists Siirt". Si on avait des doutes... Donc les autres crétins nous font suivre encore, persuadés que si notre emploi du temps parait si innocent c'est qu'on a forcément beaucoup de choses à cacher (cf. Le Grand Blond avec une chaussure noire). Je vois d'ici les appels : "Chef ! Elles reprennent un cinquieme nescafé, ça veut dire quoi ?" Pauvres petits. Maintenant il y a six militaires dans la pasta, qui font TOUS semblant de lire le journal, horriblement intimidés par nos regards hilares. Il est deux heures et nous sommes dans cette pasta depuis 11 h 30. Et tout le monde attend.

07 juillet 2002

Bitlis

Hier soir en sortant de l'internet café un type nous suit, bientot rejoint par un copain... pour nous raccompagner et nous remettre aux bons soins de la réception (de quoi je me mele ?) ! Ils sont tellement habitués a prendre les femmes en charge, qu'il leur semble inconcevable qu'on puisse se balader seule। D'ailleurs, de toute la journée on n'en a croisé que 2 dans le bas de la ville : elle préferent rester entre elles bien a l'abri de leurs maisons de la ville haute ; Bitlis est pourtant tres loin d'etre un coupe-gorge.
Ce matin, l'hotel ne servant pas de petit dej (au fait, il s'appelle Hanedan et il y a bien l'eau dans la salle de bain, mais elle est réellement glaciale), nous sommes allées déjeuner a l'extérieur (toasts au ''jambon'', oeufs, thé, soda : 2.150.000 tl pour deux). Evidemment pas de café, ce qui met toujours Sandrine de mauvaise humeur (elle ne devient fréquentable qu'apres son café) : du coup, elle est ressortie pour aller chercher une boite de Nes dans une boutique ou j'en avais repéré : maintenant, on tend la boite et ils se débrouillent pour nous trouver des tasses et de l'eau chaude. Dans la journée, je me suis trouvé du Nesquik (le matin, je préfere le chocolat) : il ne me reste plus qu'a trouver du lait et les laisser préparer le tout demain a la pastane.
Ensuite grande balade dans la vieille ville qui garde de beaux restes : beaucoup de photos en essayant de planquer les constructions récentes mais délabrées qui gachent le paysage। Les Kurdes sont toujours sidérés de nous voir passer et nous interpellent la plupart du temps en kurde : le kurmandji est parlé partout ici, contrairement aux allégations d'un certain parti qui a imposé le turc comme langue de travail... bien la peine de pleurnicher sur la langue qui ne se perd que dans l'imagination d'une diaspora geigniarde !
A part ça, dans le coin le repas habituel pour 2 est dans les 5 millions... et on vient de se rendre compte qu'on est fliquées par les Kurdes (doivent avoir peur que l'on se perde), meme en pleine journée !

Bitlis

Journée tranquille à Bitlis, après toutes ces péripéties। On est assez surpris de nous voir, mais on nous fiche la paix. Ici, on se sent plus en Arménie qu'au Kurdistan. C'est d'ailleurs facile de distinguer la frontière. Il paraît que pour tracer celle entre le Kurdistan et l'Arabistan il suffit de faire marcher un chameau vers les montagnes jusqu'à ce qu'il refuse d'aller plus loin : là commence le pays kurde. Pour l'Arménie, ce sont les premiers bouleaux qui l'annoncent. Et à Bitlis, les bouleaux, les maisons et les toits côniques des turbehs et des mosquées annoncent déjà Van et Erzouroum.
Le russe commence même à apparaitre. Dans une rue de Bitlis un homme nous a demandé "panimachie tirki, roussi ?" En tous cas la température est agréable. Autour de 30 degrés pour qui vient du Botan, c'est l'idéal.
Dans la mosquée Sharafiyye j'ai vu deux tombes récentes, deux hommes, dont un maire de Bitlis : les sharafhanoghlu. Comme quoi les grandes familles ne sont pas toutes perdues.

06 juillet 2002

Siirt - Bitlis

Ce matin, petit dej dans une pastane (on a loupé celui de l'hotel qui ne sert que jusqu'a 9 h 30)। Les petits pains étant préfabriqués et le nescafé inexistant, on ne traine pas. En sortant, l'un des abrutis d'hier est devant la boutique et nous suit jusqu'a l'hotel. Ils se relaient a 4 pour nous pister jusqu'a l'ulu camii : vraiment pas doués. On s'amuse a les semer et a les attendre pour les surprendre (sont surpris mais mauvais joueurs) : ils peuvent prétendre sans probleme a la palme des keufs les plus cons du Sud-Est. En plus, ils ont l'air d'etre vexés et de nous en vouloir ! Ils vont meme jusqu'a nous faire pister par les keufs et les militaires des différents controles jusqu'a la sortie du district (a Baykan, un keuf arrete le dolmus pour savoir si on est bien dedans) !!!
Dolmus jusqu'a Ziyaret (2 millions), puis pour Bitlis (2,5 millions) : 2 h 30, controles, changement de dolmus et arret thé compris. La route a l'approche de Bitlis (512 000 habitants prétend le panneau) est aussi jolie que dans mes souvenirs : j'espere pouvoir la photographier cette fois-ci.
Le 1er hotel (Divan : 5 millions la chambre) n'a pas de douche et sent le moisi. Un commerçant qui veut faire la causette devant sa boutique me signale qu'il y en a un tres beau a coté, ce que nous confirme un chauffeur de taxi. Le tres beau est tres vieux, tres poussiereux et tres délabré, mais les draps qui ont fait leur temps sont propres et il y a de l'eau dans la salle de bain. De toute façon, on n'a pas franchement le choix, vu qu'il semble que ce soit le top de la ville (14 millions la chambre).
Avant l'internet café, resto (kefta, soda, salade, thé : 4 millions pour 2) : un type m'arrete pour me dire que je suis çok güzel avec des gestes équivoques, ce qui est assez rare au Kurdistan. Il me rappelle Trabzon l'année derniere ou en sortant d'un dolmus, on m'a proposé avec le plus grand naturel : dolmus ? taxi ? sexe ?
Bon, avec ce qu'on avait a rattraper, il y a assez a lire pour ce soir, donc A+

Bitlis

Hier soir, à Siirt, enfin a minuit, encore une visite de keufs. Beaucoup moins de classe qu'à Silvan. Un peu gênés par la détente qui les oblige à "accueillir" obligemment des touristes qu'ils ont l'intention de fliquer tout le long de leur séjour. Comme on les avait involontairement semés dans la ville en disparaissant trois heures dans un Internet Café, ils nous bombardent de questions aussi idiotes les unes que les autres. C'est finalement plus tendu qu'à Cizre, où si on ne sortait pas du rôle touriste, les services nous fichaient la paix. Là ils font flicards malveillants et franchement débiles : se mettre à 5 pour éplucher ma carte d'identité... Après en avoir fait une photocopie eux-mêmes, ils ont tous vérifié qu'elle était bien conforme à l'original... je me demande quel concours il faut passer pour être de la police de Siirt. On m'a même demandé si nous avions été au restaurant seulement pour manger. Là je n'ai pas pu me retenir de rire : Oui, et pourquoi d'autre, sinon ?
Pendant qu'ils débattaient gravement entre eux des graves décisions qu'ils allaient prendre, nous on regardait X Files à la télévision। Ecouter Mulder en turc, cela change. Le veilleur de nuit avait un masque de bois en nous regardant nous foutre de leur tête (masque qui s'est changé en tirade rageuse contre ces abrutis dès qu'ils furent partis), le patron avait l'air de nous en vouloir (peut-être l'ont-ils tenu responsable de notre disparition de 4 heures ?).
Et depuis ce matin ils n'ont cessé de nous filer bêtement : à la pasta, à la mosquée, aux otogars, aux contrôles, jusqu'à ce qu'ils soient sûrs qu'on aient quitté la région de Siirt je suppose। Quand je dis bêtement c'est que leur méthode était idiote, à se cacher sans se cacher. Soit on vous file ouvertement (pour la pression psychologique) soit on se dissimule pour apprendre des choses. Là ils étaient tellement mauvais qu'on les semait sans peine pour finir par les attendre en nous marrant. A quatre, pas à dire, ils sont doués...
Siirt est de toutes façons une ville assez nulle। D'abord on y mange mal, c'est un signe. Et qu'on ne vienne pas venir me pleurnicher la guerre, la pauvreté, gna gna gna... A Silvan c'était idem et on mange bien. C'est une question d'état d'esprit, ou de savoir-vivre. A Sivas c'était aussi médiocre, triste, cher (cela va souvent ensemble). Mais le minaret de l'Ulu Camii (1129, époque seldjoukide) est joli avec son décor de carreaux turquoise sur briques. Et bien restauré pour une fois.
A Bitlis il fait moins chaud, la ville de pierres sombres annonce Van et Erzouroum. Je ne sais pas si c'est plus détendu, depuis qu'on a posé nos bagages on est pas retournées a l'hôtel. Peut-être qu'on nous attend encore la-bas, mais si on doit encore se les taper quelques heures, on ira au bar (eux ils n'ont pas le droit de boire en service). Je lis sur Yahoo France qu'il fait 21 a Paris. C'est bien. Ici, en Mésopotamie, c'est autour de 38 et pres du lac de Van un peu moins, peut-être 28-29.

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