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20 mai 2007

Erbil - Saladin

Comme ici je dors comme un bébé, ce matin je suis en pleine forme ce qui me permet de rattraper un peu le retard du blog en attendant que Sandrine émerge. Petit dej dans le salon de l'hotel apres avoir fait provision de Nes et de patisseries et départ a 13 h pour Salahaddin (3/4 d'heure, 30.000 dinars). Le taxi s'arrête à l'hôtel Meedia où il n'y a pas de place. Nous redémarrons donc avant d'être arrêtés par les cris de gardes et de peshmergas. Le chauffeur fait demi tour et se fait engueuler pour avoir fait demi tour... logique ! D'après les explications, il n'avait pas le droit de faire demi tour et il n'a pas le droit d'être là. Nous si, donc ils s'emparent de nos sacs et le renvoient d'où il vient. L'hôtel n'a que 5 chambres et c'est en fait une caserne pour peshmergas. Cher (70.000 dinars), pas de clim., et crade à tel point que nous mettrons les kefiehs sur les taies d'oreillers et que reflexion faite, je dormirai en jeans. Par contre une presque caserne c'est marrant et pratique vu que le bureau politique du PDK est pratiquement en face. Comme visiblement personne ici n'est plus au courant qu'en 2005 qu'il y a une citadelle, nous traversons pour demander de l'aide à Ibrahim Hassan : il nous trouve un chauffeur qui connait la route et tient à nous préparer un papier pour éviter les problèmes aux contrôles. Précaution parfaitement inutile, mais sympa quand même.

La citadelle n'a pas changé, mais je n'avais pas prévu qu'il y aurait autant de végétation en cette saison. Les tombes du petit cimetiere sont planquées sous d'énormes chardons : pas simple pour faire un relevé précis et pour les photos.

Le soleil cogne, mais la montagne est splendide, majestueuse et remplie d'odeurs de fleurs et de fruits. Un vrai regal apres pres de 10 jours de mauvais temps.

Les poivriers (barou en kurde) parsèment le paysage et le chauffeur nous fait faire une longue balade jusqu'au coucher du soleil (110.000 dinars pour 4 heures)... 6 gigas de photos aujourd'hui, je me sens nettement mieux !

Diner dans le jardin de l'hôtel où nous attend un bar à bière... normal, faut bien occuper les longues soirées des peshmergas !

19 mai 2007

Hewler

Change et Dej au Sheraton où nous croisons les filles.
Khasro n’ayant pas rappelé malgré mon SMS de ce matin, nous les suivons au bazar où elles veulent notamment, et entre autres, acheter des tapis. Ca intéresse Sandrine qui veut s’en ramener un et ça me permettra de faire quelques photos (le temps est toujours gris).

Taxi pour rejoindre Ahmet à son bureau : avec huit ans d’expérience, il rappelle immédiatement au premier SMS. Il nous plante une bière dans la main et ses collaborateurs sont priés d’aller faire les courses, et la bouffe pendant qu’il y sont. Visite rapide malgré ses protestations, d’autant qu’il a bien noté que nous dormions à l’hôtel et pas chez lui comme promis, mais nous avons rendez-vous demain à huit heures pour un pique-nique dans la région de Saladin. Rendez-vous à 8 h pour une heure et demie de route, là déjà on râle. Personne ne sera au rendez-vous avant au mieux 11 h et en étant très optimiste. Se lever à 6 h 30 pour poireauter des heures, on apprécie moyen, mais les Kurdes en costume traditionnel, je ne suis pas contre pour les photos, surtout que les connaissant, je pourrai aussi prendre des danses, d’autant que la météo promet enfin du soleil. En rentrant à l’hôtel, appel de Rushan : rendez-vous avancé d’une demie heure. Là Sandrine craque : heu, tu y tiens tant que ça où je peux annuler ? Annule, j’ai besoin d’être de bonne humeur pour prendre de bonnes photos, et là je risque de râler toute la journée d’avoir attendu pendant des heures, alors que je savais d’avance que personne à part nous ne serait ponctuel. Notre première expérience de ce genre d’expédition, c’était en Syrie. La veille au soir, tout le monde avait reçu l’ordre d’être prêt à partir à 7 h du matin, pour voyager à la fraiche. Evidemment, même si ça faisait tôt, à 7 h tapantes, nous étions prêtes… à attendre que les autres se réveillent, le premier qui a ouvert un œil ayant quand même attendu 11 h. Tout ça pour s’entendre dire d’un air étonné «Alors vous, quand on vous demande d’être prêtes à 7 h, vous êtes prêtes à 7 h ???»… Gggrrrrr !

18 mai 2007

Erbil le retour

En fait, l’hôtel c’était bien 70 $ et pas 40 $. La pseudo négociation de Pir Xidir c’était que puisque nous avions refusé que le centre Lalish nous invite, il fallait nous faire croire que l’hôtel acceptait de baisser à 40 $... c’est au moment de régler que nous nous sommes rendu-compte qu’il avait donné pour instruction de nous faire payer 40 $ et de lui envoyer le reste de la facture… incorrigibles !
A un contrôle sur la route d’Erbil, Sandrine tend son passeport avec la lettre du GRK signée par Saywan. Le chauffeur qui doit être connu puisque tous les contrôles jusque là se sont contentés de lui adresser un salut respectueux, est brusquement très fier et tient à s’arrêter à tous les contrôles pour leur brandir sous le nez le fameux papier : il ne transporte pas n’importe qui et il tient à ce que ça se sache !
Soirée chez Ozlem : 6 filles dont une jeune députée (toutes élégantes à part nous évidemment), trois mecs, et un repas prévu pour un régiment ! C’est bon mais impossible d’en manger ne serait-ce qu’un quart, et encore, on refuse ce qui devait être préparé au dernier moment.

Les Kurdes (et Kurdistanis si j’en juge par Monseigneur Raban) sont des dingues de photos : les flashs des numériques crépitent sans répit !

Khasro, à qui j’ai laissé un SMS il y a 5 heures pour le prévenir que nous étions à Erbil, me rappelle. Je l’informe que je passe la soirée chez des amis. Réponse : «C’est bien (…) tu peux venir maintenant ?». NON ! JE SUIS CHEZ DES AMIS !!! En gros, faudrait les attendre des heures et même des jours entiers et tout laisser séance tenante dès qu’ils sont libres. Enfin, ce n’est pas grave constate-il puisque maintenant que tu es à Erbil, on aura du temps pour se voir.

L’expérience aidant, je préfère l’informer que nous ne serons pas ici en permanence, histoire qu’il arrive à s’organiser, d’autres dans le passé ayant subi avec étonnement des expériences douloureuses pour avoir compris un peu trop tard…

Comme nous ne nous sommes pas installées chez Ahmet (je sais, nous avions promis) et qu’il y a plusieurs personnes qui le connaissent, inutile d’espérer qu’il ne sera pas au courant. Je demande à Sandrine de lui envoyer un SMS pour le prévenir de notre présence et que nous passons la soirée chez des amis, mais que nous irons le voir demain. Il rappelle dans la seconde. «C’est bien (…) vous pouvez venir maintenant ?»… va falloir automatiser les réponses !

11 mai 2007

10/05/2007 - Ankawa

Réveil tardif, on a loupé le petit dej. de l’hôtel et même celui du Sheraton. On zappe donc et pour compenser, on décide de s’offrir le buffet de midi ici. C’est copieux, bon et l’ambiance est sympa.

Comme j’ai suivi la piste des Chrétiens en Turquie, on va faire un tour à Ankawa pour continuer ici, parait qu’en plus c’est un quartier résidentiel.

Ben franchement, ça ne casse pas des briques ! Des gardiens armés devant des maisons sans le moindre intérêt, pas de vie ni de chaleur dans les rues, rien à voir avec le centre d’Erbil. Côté Chrétiens, ou plutôt Chrétiennes, on repassera : rien qu’à voir leur air aimable, on a envie d’être ailleurs, d’autant que côté tenue vestimentaire, elles se feraient huer dans la plus intégriste des cités de banlieue parisienne !

L’église Saint Joseph date de 1981, et côté photos, le ciel couvert n’arrange pas le mauvais goût dont a fait preuve son architecte !

Pas envie de traîner ici, on prend un taxi pour la citadelle et son musée du tapis. Il y en a de très chouettes et je n’avais pas eu le temps d’en faire le tour la dernière fois.

Pour finir la journée on décide de changer de crèmerie et d’aller tester le resto-jardin de l’hôtel Sar Chra. Il y a un grand buffet composé d’entrées et une excellente soupe de pois chiches (je ne connaissais pas). Avec un raki (Yeni Raki turc) chacune, 40.000 dinars c’est raisonnable.

Au moment de rentrer, il est plus d’une heure et pas de taxi en vue. La police nous explique qu’elle va arrêter le premier qui passera. Effectivement, elle le fait la police, et même si son passager allait dans la direction opposée, personne ne lui demandera s’il était d’accord pour faire un détour !

10 mai 2007

Fin de journée kurde

En attendant de décider de la suite du programme, on va au parc du minaret d’une mosquée construite par le beau-frère de Saladin. Le minaret est intéressant, il lui reste encore quelques glaçures bleues que je mitraille n’ayant pas eu ma dose de photos aujourd’hui.

A priori, Khasro devrait appeler, mais on n’a encore jamais vu un Kurde nouvellement rencontré appeler quand il a promis de le faire। Ils préfèrent toujours attendre près de leur téléphone en se demandant pourquoi diable il ne sonne pas. Ben il ne sonne pas parce qu'à la question "Tu appelles ?" ils ont repondu oui d'un air assuré, et qu'accessoirement, on a un problème avec la carte Sim : on peut envoyer des SMS et recevoir des appels, mais impossible d’appeler ?!?
Tant pis, on verra Khasro demain, ça nous évitera de trop jongler avec les rendez-vous. SMS donc à Ahmet Zeki : jamais vu quelqu’un répondre aussi vite ! Il nous donne rendez-vous à notre hôtel, puis dans un resto, puis finalement non, dans un autre, avant de nous dire de prendre un taxi et de passer le portable au chauffeur. Le pauvre ne sait plus à quel Saint se vouer avec les differentes instructions et contre-indications. Il finit par nous laisser près d’un carrefour où il n’y a pas le moindre resto… ça devient complètement ouf, d’autant que Sandrine n’a jamais reçu de réponse précise à la question «tu es où ?». J’essaie en turc, mais comme ça fait 6 ans que je n’ai pas vu Ahmet et qu’il ne sait pas que depuis je me débrouille en turc, ça n’arrange pas franchement les choses. On finit quand même par se retrouver à son bureau par je ne sais quel miracle.

Ca fait plaisir de le revoir après toutes ces années et je le trouve plus en forme que la dernière fois à Istanbul. Evidemment, entre les procès à répétition visant à le mettre a l'ombre pour un temps raisonnable pour avoir osé éditer des livres pas vraiment dans la ligne du discours officiel et les menaces du PKK, côté pressions il avait de quoi faire.

Il y a une Allemande (d'un Parlement si j’ai bien compris) et deux Kurdes de Turquie. Ca parle un peu toutes les langues, chacun n’utilisant pas forcément la sienne, et tout le monde arrivant à peu près à suivre. De mon côté, depuis que je suis ici, je trouve que je comprends nettement mieux le kurde qu’avant : merci les cours de turc ! En fait, si on enlève du turc les mots d’origines arabe, perse et française, reste pas grand chose, mais perso ça m’aide pas mal !

L’Allemande est sympa mais a l’air passablement interloquée par nos rapports avec les Kurdes (ce n’est pas la première, ni la dernière d’ailleurs). Comme elle nous a parlé de l’effroyable condition féminine kurde, j’espère que la vue d’Ahmet nous préparant un repas, le plus naturellement du monde, lui permettra de rapporter d’autres infos dans son pays que l’insipide blabla habituel de mise en Europe.

Si elle arrive à partir relativement tôt, on ne rêve pas, c’est la seule chose que les Kurdes ne nous accorderont jamais. Une fois entre nous, Ahmet plaide pour que sa maison (très chouette il est vrai) nous serve de point de chute. Ok quand nous reviendrons sur Erbil, mais ce soir, nous rentrons à l’hôtel. Pas de problème… jusqu’au moment bien sûr où on veut partir ! Toutes les excuses sont bonnes d’un côté et de l’autre. Il réussit même à piquer une chaussure à Sandrine, mais quand on a décidé de partir, on le fait, pieds nus s’il le faut. L’argument évident pour Ahmet, c’est qu’à cette heure, il n’y a pas de taxi… Avec tous les trucs qu’ils sont capables de raconter pour nous convaincre, on n’y croit pas une seule seconde, donc on part en le laissant bouder dans soin coin.

Vous avez déjà vu un Kurde bouder ? S’il osait, il nous vouerait aux Enfers, sauf que comme il n’est pas certain qu’on le laissera y entrer quand il aura fini, il prend l’air de celui qui nous a rayé à jamais de sa vie… mais ça, on n’a encore jamais vu !

On le laisse donc bouder. Le problème c’est qu’on ne sait pas vraiment où on est et qu’il n’y a absolument personne dans les rues, et en conséquence c’est vrai, aucun taxi.

Je ne compte pas sur mon sens de l’orientation, mais après un panneau indiquant Mossoul et Duhok, celui de Sandrine lui souffle qu’on marche dans la mauvaise direction. Demi-tour donc, mais aucune pancarte pour nous indiquer quoique ce soit. On finira bien par trouver des peshmergas, ahuris par notre présence en pleine nuit mais dont le sens de l’hospitalité et du devoir leur interdira de nous laisser errer seules plus longtemps.

Et finalement miracle : un taxi passe, n’y croit pas, fait demi-tour quand même et nous demande où nous voulons aller. Nos anges gardiens ont encore bien bossé, à croire que les discours de Sarko sur le bienfait des heures sup les a convaincus !

09 mai 2007

Bien vu Fidji !

Bien dormi et moins de courbatures que prévu ce matin. Je fume une clope en me demandant à quoi m’occuper sans faire de bruit pour ne pas réveiller Sandrine. Problème vite résolu : vers 8 h un gros Boum lui sert de réveil.
Vu comment les murs de la chambre ont tremblé, soit l’explosion était très proche, soit elle a dû faire pas mal de dégâts. D’après le serveur au petit dej c’était une voiture kamikaze : on devrait avoir plus d’infos dans la journée…
Apres le petit dej, j'envoie un SMS à Khasro qui me rappelle immediatement pour s'assurer... que j'ai bien son numero de portable ! Les ordres sont de trouver un taxi kurde, de l'appeler et de débarquer immédiatement. Comme on se voit mal arrêter plusieurs taxis et les virer si ils ne sont pas kurdes, on charge le réceptionniste d'être infâme à notre place.
Il appelle donc le bureau du Président pour se faire expliquer la marche à suivre. C'est la stupeur dans l'hôtel. Visiblement, quand on a de tels contacts, on loge au Sheraton, on prend l'air serieux et hautain et au moins on previent, histoire d'eviter a l'hotelier de faire des bourdes !
Bon, taxi donc pour le bureau présidentiel où on retrouve vite Khasro content de nous voir depuis qu'on se promet de se rencontrer un jour. En fait, jusqu'ici on a toujours reussi à se louper entre France et Kurdistan.
Les bureaux sont neufs, la clim bienvenue, mais c'est une véritable dictature ! Photos interdites, portables interdits, ca bon, je peux comprendre, mais clopes interdites et pas de sucre dans mon café (les sacs donc mes sucrettes sont restés à la reception), y a de l'abus !
Khasro me reproche gentiment de ne lui avoir répondu que distretement hier soir dans le jardin du Sheraton, parait que j'aurais dû le reconnaitre vu qu'il m'avait envoyé sa photo. Ben oui, mais elle est sur le site avec son article, ca fait des années d'ailleurs, pas sur ma table de chevet, d'autant que je n'ai pas de table de chevet ! Et puis des Kurdes qu'on ne connait pas et qui nous disent bonjour, il y en a quelques uns dans le coin.
L'attentat de ce matin aurait fait au moins 20 morts (dixit la rumeur) et 52 blessés. Visiblement, c'est le Ministère de l'Intérieur et les services secrets qui étaient vises... Depuis 2005 que c'était calme, espérons que ce sera un acte isolé...
Khasro étant attendu en réunion, on se donne rendez-vous plus tard à l'extérieur, en attendant on peut l'appeler 24 h /24 et passer absolument quand on veut... Ce n'est pas a l'Elysées qu'on nous proposerait de venir squatter les bureaux et de passer prendre un café (même sans sucre) si on n'a rien de mieux a faire. Bon, de toute facon on a mieux.
Dej excellent et accueil charmant à l'indien du Sheraton : curry d'agneau, de poulet, soupe de poulet, eau, riz, pain au fromage, thé, café, 51.150 dinars, sourires enthousiastes compris.

08 mai 2007

Hewler suite

29.700 dinars pour Internet, mais nous sommes au Sheraton et nous y avons quand même passé 2 h 30.

Taxi pour le parc des martyrs. Sous le soleil, c’est aussi magnifique que prévu : des roses, des roses, des milliers de roses ! Une profusion de variétés, de couleurs et d’odeurs sublimes, un vrai jardin d’Eden !

On se fait un dej/goûter près du bazar. Malgré la chaleur, on risque un kebap (avec 2 bouteilles d’eau : 4.000 dinars), avant d’aller à la chasse à la carte Sim qu’on trouve relativement facilement (40.000 dinars).

Tour photo au bazar : ils sont tous craquants avec leurs sourires intimidés et ravis. Je ne sais plus où donner de l’objectif, et l’air fier de ceux que je photographie nous fait marrer : les voisins de boutique n’ont pas fini d’en entendre parler !

Je fais une provision photo des produits courants : miel (celui avec les alvéoles), gomme arabique, épices, résiné, fromage, tapis, mousseline de Mossoul (évidemment)… En sortant, comme je ne supporte plus le poids du matériel (j’ai les courroies incrustées dans les épaules), on décide de faire une halte pour boire un de ces jus de fruits aux couleurs délirantes quand un militaire pas kurde nous arrête.

Il a passé six mois à Bagdad et avant de retourner chez lui aux Fidji, il a trouvé plus prudent de passer ses derniers jours à Erbil "où il n’y a pas de problème de sécurité". Franchement sympa et absolument ravi d’entendre parler anglais.

Direction le Sheraton (les mauvaises habitudes se prennent plus vite que les bonnes !) où deux peshmergas nous ayant saluées, se ravisent et me rappelle à grands cris : si je peux photographier les dessins sur le mur de sécurité, je peux bien les photographier eux ! En fait, ils n’attendent tous visiblement que ça, mais sont trop bien élevés pour demander… sauf évidemment si je ne le fais pas spontanément. Le change au Sheraton (jusqu’à 22 h) est plus avantageux qu’à l’aéroport : 175.650 dinars pour 100 euros. Comme on a mis la carte Sim dans le portable de Sandrine qui n’est pas débloqué (le portable, pas Sandrine) et que le mien est resté à l’hôtel, on a une bonne excuse pour glandouiller encore une soirée plutôt que d’appeler nos contacts pour organiser la suite. On s’excusera demain de les avoir faits attendre pendant deux jours, mais sans téléphone… Le taxi du retour est folklo. Il nous serre la main, mais ne me rend pas la mienne, mais alors pas du tout. Passées les quelques secondes où le doute n’est plus permis, je la reprends de force, enfin j’essaie, mais peine perdu. Il s’accroche ferme, pose sa main sur mon genou, essaie de prendre celle de Sandrine, et comme il n’a que deux mains, évidemment, le volant vit sa vie.

Ce n’est pas un petit mec mal élevé qui va nous impressionner, mais on ne tient pas franchement à se planter en voiture. On le remet donc fermement à sa place avec les mains là où il faut bien en vue sur le volant et comme on n’a jamais vu ça au Kurdistan, bien qu’il prétende être Kurde, on passe aux questions. Ouf, l’honneur kurde est sauf, c’est un chrétien d’Ankawa ! N’empêche, on ne voudrait pas cafter, mais c’est les peshmergas qui nous ont confiées à lui !

Farniente à Erbil

Réveil douloureux : pas assez dormi et j'ai les muscles des épaules en charpie ; toujours aussi dur les premiers jours de reprendre l'habitude de trimballer des tonnes de matériel.
Comme Sandrine est aussi vivace que moi et qu'on a loupé le petit dej de l'hôtel, on decide a l'unanimité d'aller se refaire une santé en flemmardant au Sheraton. L'intérieur est clair, luxieux, spacieux, avec cette atmosphere typique des palaces... et en plus ils ont du café, une salle Internet climatisée, et il y a des Kurdes partout ! Difficile de faire mieux, sauf qu'il va quand même falloir qu'on pense à se bouger un peu...

07 mai 2007

Départ... enfin !

Si l'année derniere je me suis retrouvée dans le plâtre une semaine avant de partir à cause d'une marche traitresse, aujourd'hui tout est OK malgré une dernière semaine plus que speed।
Départ de CDG a 7 h 15, copieusement arrosé par l'explosion de ma bouteille d'eau pétillante que le contrôle a refusé de me laisser passer. A Vienne, pas la peine de douter que nous sommes bien dans le bon avion : l'A 320 arbore fièrement des housses vertes munies d'appuie-tetes rouges et jaunes.
Change a Erbil : 156.000 dinars pour 100 euros.
Fait chaud et le soleil est brulant. On prend un Hello Taxi qui nous laisse à un autre au check point : 35.000 dinars (environ 22 euros si mes calculs sont bons) jusqu'au Sherine Palace Hotel. En fait, ce n'etait pas loin de l'aéroport, on aurait mieux fait de prendre un mini bus jusqu'au check point et un taxi normal jusqu'a l'hôtel, ce qui aurait été nettement moins cher.
Premier taxi et donc première invitation à venir dormir à la maison... Ca commence ! On reconstruit la tour de Babel avec le chauffeur : quand le kurmandji de Sandrine lui pose problème, je prends le relais en turc. On prend son numero de téléphone pour le consoler d'avoir decliné son invitation et on demande une chambre au Sherine. 65.000 dinars, mais ici le logement est ce qu'il y a de plus cher. L'hôtel n'a pas changé depuis mon dernier passage, mais c'est propre, il y a la clim, et ca sourit de partout... normal, on est au Kurdistan !

Direction la citadelle ou un papy passera son temps à nous pister l'air amusé mais digne : en fait, il n'ose pas le demander, mais il veut être pris en photo... on prend !

Je voulais faire une provision de portraits des adorables gamins rencontrés en 2005, mais surprise, à part quelques militaires, étonnés de notre présence mais ravis (plusieurs sortent d'un peu partout pour nous signaler qu'ils sont à notre disposition si nous avons besoin de quoique ce soit), il n'y a plus personne. La citadelle est en restauration et ses habitants (refugiés) ont été relogés ailleurs.
Après une bavette avec un photographe qui nous avait repérées dans la ville (et avait été chercher son album photo pour nous le montrer), petit tour au bazar et taxi (entre 3.000 et 4.000 dinars la course, certains nous laissant seules juges de ce qu'on doit leur laisser) pour le parc des martyrs.

C'est splendide, mais comme il est trop tard pour les photos, on reviendra. Ca vaut le détour : en fait de parc, c'est un véritable jardin de roses ! Il y en a partout, des blanches, des roses, des rouges... le tout agrémenté d'arbres, de verdure et de jets d'eau. Une petite merveille de goût, d'odeur et de fraicheur.

Pour ne pas casser l'ambiance, on decide de se laisser du temps avant d'être kidnappées et de remettre a plus tard la recherche active d'une carte téléphonique. Les amitiés impatientes attendront un peu, le temps d'aller rendre au resto du Sheraton l'hommage qui lui revient de droit.

Resto jardin aàla fraicheur particulièment agréable avec ses odeurs de narguileh qui nous ramènent à nos années Syrie et nos premiers contacts avec le Kurdistan.
Plats simples et fins : humus, salade, succulentes ailes de poulet (50.000 dinars avec 2 bières chacune). La vrai vie quoi... Petit conseil quand meme : éviter de demander qu'on vous apporte une autre petite assiette. J'ai bien eu l'assiette et elle etait bien petite... mais j'attends toujours le supplement d'ailes de poulet !

16 août 2005

Erbil - Amadiya

Nous retrouvons les gosses dans les ruelles de la citadelle। Il ne me faut pas longtemps pour réunir une jolie collection de portraits n'ayant aucun rapport avec le misérabilisme de mise en Europe quand il s'agit de montrer à quoi ressemblent les Kurdes.
Sont mignons comme tout, surtout quand l'un s'estime lésé parce qu'on l'a traitreusement oublié ! Là, ça prend l'air digne de celui à qui on ne la fait pas et ça se plante devant l'objectif jusqu'à réparation du préjudice par le photographe qui a manqué à son devoir !
Beaucoup de petites nanas réellement jolies, quant aux hommes, ils prennent prétexte de faire immortaliser le plus âgé du groupe pour être sur la photo।
Ici comme ailleurs, les Kurdes ne jugent pas utile de laisser d'adresse pour recevoir leur portrait : l'important, c'est qu'on les emporte un peu grâce aux appareils।
La mosquée est fermée : je me venge en mitraillant son minaret aux céramiques colorées et l'intérieur de l'ancien hammam qu'un des gamins vient de nous ouvrir.
Malheureusement, pas trop le temps de trainailler, notre chauffeur nous attend à l'hôtel। Direction Amadya par la route de Barzan sur les conseils de Saywan.
Effectivement, c'est beau ! Seul reproche, cette détestable habitude de balancer n'importe quoi n'importe où : ça serait pas mal de commencer à sensibiliser afin que tous les efforts entrepris pour rendre sa beauté au Kurdistan ne soient pas gachés par des monceaux de plastique en tous genres...
Arrivés à Amadya, on demande au chauffeur de nous conduire chez Mrg Raban, mais il convient visiblement de passer avant au bureau PDK où nous sommes reçus par Yusuf Ahmed, vétéran et principal responsable de la ville si on en juge par les salutations que viennent cérémonieusement lui adresser en quelques minutes une bonne cinquantaine d'habitants।
Il téléphone pour nous sans trop insister à Mrg Raban qui ayant fait l'erreur de ne pas décrocher immédiatement restera un illustre inconnu déclaré injoignable jusqu'à nouvel ordre।
Un peshmerga en civil nous fait visiter les lieux historiques de la petite ville।
Une ancienne porte de la ville est particulièrement intéressante et bien conservée, malgré une déco incomplète। Serpent, pattes de l'oiseau symbole du Badinan et je ne sais quoi qui me fait sortir le téléobjectif... chic alors ! La tête d'un prince guerrier ! Si le corps est approximativement reconstitué avec une armure pas tout à fait alignée, le visage est parfaitement visible. Entre cette porte et le cimetière de Salahadin, la chasse au trésor aura été fructueuse !
Au loin, une ancienne medersa que nous décidons de visiter demain।
Pour l'instant, la lumière baisse et nous avons peu de temps pour faire la mosquée dont le minaret a été abimé par des obus iraniens।
De retour au bureau, nous n'hésitons pas à faire coucou aux élégants villageois qui écoutent sagement un cours de politique assis dans le jardin : ça perturbe un peu le sérieux de l'assemblée, mais les circonstances n'étant pas courantes, personne ne sera privé de récréation।
Notre hôte nous invite à dîner à Sulav à quelques km et qui semble être l'endroit branché du coin। Plus assez de lumière pour le petit pont qui trone en haut des espaces aménagés, mais il me semble assez récent ou récemment trop restauré.
Repas kurde avec de l'excellente tête d'agneau, puis Yusuf nous annonce que finalement, il est préférable que nous dormions au motel, mieux que les bureaux du PDK। On passe donc reprendre nos sacs accompagnés par des peshmergas qui profitent de l'absence du chef pour lui piquer ses bonbons ! Je sais que ce n'est pas bien de cafter, mais ils sont vraiment trop drôles avec leurs airs de gamins chapardeurs déguisés en militaires !
Yusuf n'a jamais dû visiter le motel qui d'ailleurs était fermé : c'est crade ! Son propriétaire prétend que c'est très propre avec la conviction du marchand tentant de refourguer un tapis synthétique en le faisant passer pour de la pure soie. Comme je lui répète que son motel est un taudis, il tente de nous convaincre que pour le Kurdistan c'est très propre ! Pas question de laisser passer : son hôtel est crade, donc pas représentatif justement du Kurdistan ! Du coup, il consent quand même à nous envoyer des couvertures inutiles et un couvre-lit convenable... toujours ça de gagné, je me voyais mal dormir debout ou sur des draps plus que douteux !

14 août 2005

Flagrant délit de crimes de lèse-majesté

Pendant que la journaliste de choc va interroger des femmes grévistes de la faim (projet de Constitution), nous allons faire un tour en ville. C'est poussiéreux, pas vraiment esthétique, mais nous n'avons pas le temps de voir grand chose : il faut retourner à l'hôtel pour aller chercher la "dame" qui est mécontente parce qu'elle vient de louper son sujet. A mon avis, les manifestantes ont préféré aller se faire une bouffe quand elles l'ont vue arriver !
Sur la route de Salahadin, arrêt photo au lac Dukan. Elle qui ne descend jamais de voiture pour s'intéresser au paysage (préfère lire son journal d'un air méprisant) sort un petit numérique pour faire des photos, comme elle a dû le faire à Hasankeyf, tout en prétendant avoir besoin des miennes à plusieurs reprises, alors que je ne lui ai jamais rien demandé : sur la parole des journalistes en général, je sais à quoi m'en tenir ! A part essayer de soutirer des infos et des contacts en prenant les autres pour des pigeons, pas la peine d'en attendre beaucoup plus !
La route de Salahadin est soit disant brusquement fermée (ben voyons !) et Ahmet referme désormais systématiquement ma fenêtre pour m'empêcher de photographier la zone outrageusement PDK que nous traversons.
On va donc à Erbil sans rien visiter au passage. La teigne qui ne digère pas que je ne lui ai pas apporté mes contacts sur un plateau continue a m'agresser à la moindre occasion.
Je mets donc les choses au point. Elle vient de nous faire perdre 24 h, et j'en perdrai au moins autant à Batman où j'ai prévenu à sa demande que je passerai pour la présenter (et où je suis donc obligée d'aller) : Madame ne peut plus y aller, elle doit à la date convenue accueillir un ami à Istanbul. Elle m'a fait louper Harput pour être à temps à son rendez-vous Hasankeyf où elle n'a pas jugé utile d'être : plus urgent d'aller rejoindre des amis que de respecter ses engagements. Quant à "ses" contacts qu'elle a reproché à Tom de vouloir utiliser, je lui rappelle d'où ils viennent : quand on n'est même pas capable de trouver le numéro du GRK à Paris, on évite de se la ramener !
Elle se défend par un "J'ai un article à rendre, c'est peut être vous qui allez le faire ?" sans envisager une fraction de seconde que ce n'est absolument pas notre problème, qu'on est là pour être avec les Kurdes et faire des photos du Kurdistan, et qu'elle justifie son salaire, fasse du crochet ou une tarte aux pommes, on s'en fout royalement !
Un "Exact, je ne ferai pas ton article : perso, j'évite de faire de la merde !" lui coupe le sifflet pour l'instant.
A Erbil, on file avec Tom à la citadelle. C'est plein de gosses craquants : j'en profite pour réclamer des bisous entre 2 photos.
L'attaché en communication, qui prétendait ne nous accorder que quelques minutes dans ce lieu de perdition, se triture la moustache d'un air impuissant !
Il nous a fait savoir que si on tenait à dormir ici, on devrait payer notre hôtel : ouf, on peut enfin aller changer de l'argent et donc retrouver notre indépendance !
Finalement, l'hôtel que nous choisissons ne leur convient pas : Ahmet vient nous chercher ! Ca sera plus facile de se tirer demain matin, donc, plus forcés qu'autre chose, on le suit à l'hôtel Avesta, UPK malgré la photo de Massoud Barzani dans le hall.
Vers minuit, on doit brusquement aller à la police pour obtenir un laissez-passer (qu'il ne viendra jamais à l'idée de personne de nous demander) et donc laisser en échange le papier reçu à la frontière qui lui est indispensable.
L'envoyée (plus que) spéciale du Monde retarde le départ pour surfer sur Internet. On patiente en dînant : ça l'arrange, elle préfère généralement manger seule, notre vue et celle des Kurdes lui coupant visiblement l'appétit ! Pendant qu'elle se met à son tour à table, j'en profite pour envoyer un SOS à Khasro, actuellement en Finlande et pas chez lui à Salahadin (mais toujours efficace), ce qui fait surgir l'image parfaite de la prétention frustrée qui laissant de côté son repas préfère venir me gonfler que je fais attendre tout le monde !
Je me marre : elle est persuadée que les Kurdes, conscients de son importance, se mettent en 4 rien que pour elle ! J'ai une autre théorie, dictée par une fréquentation assidue, concernant notre escorte : "amie Barzani, nous montrer nous mieux et voler à eux...".

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