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16 juillet 2002

Déluge

Difficile d'expliquer a l'hotel qu'on doit réellement partir : le serveur qui avait insisté la veille pour nous emmener sur la terrasse fait tout son possible pour nous retenir un jour de plus। Personne ne comprend jamais réellement ici pourquoi nous ne pouvons pas rester, et ça plaide jusqu'au bout en nous accompagnant au dolmus.
Le premier nous conduit a Igdir (50 km - 2 millions par personne - 40 mn - 46700 habitants) : il y a de la neige sur le mont Ararat qui semble en meilleur état qu'il y a 2 ans. On en profite pour manger dans un resto populaire ; quand il y en a un, c'est meilleur marché et on a une chance d'échapper aux kebap (dolma, poulet, salade, soda, thé : 4 millions). Puis minibus pour Kars (6 millions par personne - 130 km - 3 h).
Si quelqu'un cherche l'arche de Noé, il doit se trouver dans le coin : grele, trombes d'eau, orage... La foudre tombe a quelque metres du car, il fait pratiquement nuit a 17 h et les rues sont inondées. Dans ces conditions, on n'a pas franchement le choix : le taxi nous conduit au 1er hotel touristique dans une rue pratiquable. Vu le déluge et la quasi impossibilité d'en atteindre un autre, ils s'empressent de nous appliquer le top des tarifs pour une chambre correcte mais sans plus (Sim-er : 96 millions la chambre avec petit dej quand meme). Le resto pratique également des tarifs élevés, mais comme il n'est pas question de sortir...

15 juillet 2002

Dogubayazit

Ensuite, a mi-chemin, on va faire un tour au turbeh d'a coté. 2 gamins me réclament sans cesse de l'argent et finissent par nous jeter des pierres. Il a bien travaillé le PKK, euh, KADEK ! Apres avoir détruit les valeurs kurdes ancestrales, il s'épuise en luttes stériles et puériles dans des domaines privés qui ne le concerne en rien, mais laisse la population sans le moindre soutien apres l'avoir conduite au marasme. Depuis l'arret de la guérilla, les jeunes n'ont plus d'exemples, plus de valeurs morales a suivre et la situation économique qui a empiré de façon dramatique en quelques mois n'arrange pas les choses...
En rentrant - 8 km a pied avec le matériel - pas la moindre envie de partir vers l'étape suivante. Mais on ne regrette pas : on a trouvé les 1er dolma en un mois !

Ishak Phasa

Apres le petit dej - lamentable pour le standing 3 étoiles de l'hotel - un des serveurs tient a nous conduire sur la terrasse pour prendre des photos du mont Ararat. Les escaliers n'étant pas éclairés (2 étages sont en travaux), il ne trouve rien de mieux a faire que d'allumer un morceau de carton qui trainait par terre. Sont mignons les Kurdes quand ils veulent tout bien faire : il a failli mettre le feu a l'hotel, et on a eu de la chance de ne pas finir asphyxiées...
Pour monter a Ishak pasa (5 millions l'entrée), on prend un taxi (10 millions - 7 km). La derniere fois, on avait testé un tour Ishak pasa et village Ararat : l'arnaque ! Le soit disant dernier village n'était qu'un bidonville au bord de la nationale, je n'ai pas eu le temps de faire toutes les photos que je voulais du palais et le chauffeur nous a carrément empechées d'entrer dans le turbeh d'ahmedé Khani : tout juste si j'ai pu faire 5 ou 6 photos de l'extérieur...
La, on commence par Ahmedé. Pas de chance avec lui : ça ne m'est arrivé qu'une fois en Ecosse, mais en voulant recharger un appareil (j'en ai 3 en permanence), j'ai ouvert le mauvais... travail a refaire, sans compter que je suis a court de pellicules.
En sortant, un cadre de la déesse serpent que j'ai failli retenir en arrivant, mais qui n'allait quand meme pas etre vendu en une demie heure, vient d'etre acheté. Comme je rale en français qu'on me l'a volé, un kurde (le ''voleur'') de la région parisienne se marre... et m'offre le dernier exemplaire : presque le meme, pas celui que je voulais, mais c'est gentil de sa part.

Ahmedê Khanî

Comme nous voyageons rarement en plein été, il y a une chose qui ne m'avait pas autant frappée jusque-là : c'est qu'ici, les Turcs ne se sentent pas chez eux. Qu'ils soient touristes ou fonctionnaires, ils ne se sentent pas en Turquie réellement, plutôt dans une sorte de colonie, mais les Kurdes leur sont totalement étrangers. Même les groupes d'étudiants turcs sont peu à l'aise, alors qu'il nous suffit de trois mots au milieu de ces Kurdes pour être au milieu de familiers. Un Kurde d'Irak ou d'Iran ne fait pas "en visite" à Van ou Dogubayazit, mais les touristes turcs font aussi touristes que les Européens, on ne les distingue parfois qu'à la langue. Dans les dolmush ou les otogars, deux Kurdes qui se rencontrent s'enquierent de leurs villages respectifs, de leurs maisons respectives, saluent avec de grands serçawan leurs connaissances mutuelles, et au bout de quelques instants deviennent compagnons de route. Les noms de lieux qui reviennent dans leurs bouches sont Batman, Diyarbakir, Agri... Quand ils nous parlent de villes à l'Ouest on sent qu'ils pensent "là-bas, en Turquie..." Jamais entendu dire "Zakho, en Irak..."
12h. Türbe d'Ahmedê Khanî. Pauvre Ahmedê. Comme Malayê Ciziri il se retrouve confit dans les tapis, les tissus verts de mauvais goût et la dévotion. Que des femmes autour, qui lisent le Coran en arabe (disons qu'elles marmonnent quelque chose en tournant les pages à l'envers). Il n'y a pas un seul de ses livres dans la salle, rien que des Corans. On a mis un turban blanc et vert sur sa tombe, et voilà, c'est une ziyaret. Qu'est-ce que tous ces gens-là savent de la religion de l'amour, perdus qu'ils sont dans leurs bigotteries ? Il y a plus d'esprit soufi sur la stèle de Mem que sur cette estrade peu esthétique avec des planches autour qui font comme une alcôve. Aucune âme ni fraîcheur dans ces lieux de pelerinage.
A l'entrée par contre, nous blaguons avec les deux mendiants estropiés de service, de vrais mendiants de l'islam, avec l'insolence et le bagoût déluré des maqamat. Puis nous raflons des portraits peints sur verre d'Ahmedê Khani sous les yeux ébahis de Kurdes venus de l'Essonne. L'un d'eux, qui avait pris un exemplaire de la déesse aux serpents (la même que j'avais trouvée à Tunceli mais aux teintes plus belles) se fait pardonner en payant pour nous un des quatre tableaux.

Muradiye - Mont Ararat

Dimanche matin, aucune pastane n'est ouverte. Pas plus de dolmus pour le chateau, comme ça, on n'a plus a hésiter : on laisse tomber et on remplace par Muradiye qui est sur notre route, malgré Orhan qui plaide pour nous retenir. Comme de toute façon c'était sur la route de Hakkari, atteindre la ruine (précise la légende de la carte) nous aurait pris du temps sans garantie d'arriver a bon port.
Le chauffeur du dolmus dont nous attendons le départ plus de 2 h (2 millions - 1 h 15 - 13.000 habitants) nous ordonne presque de nous mettre a coté de lui. Sur la route, un controle militaire nous est visiblement destiné : sympa et désireux de faire un peu la causette... A Muradiye, il n'y a pas plus de taxi que d'hotel : le chauffeur du dolmus propose de nous conduire aux chutes (12 millions), ou il n'y a évidemment pas de dolmus pour Dogubayazit (48.900 habitants). Apres quelques photos, le dolmus peut nous conduire pour 90 millions : c'est cher, mais on n'a pas franchement le choix.
Trois controles plus loin, on retrouve le Orta Dogu (40 millions la chambre - 2 lits dont un double - avec petit dej - propre, spacieuse, eau chaude a certains moments de la journée) qui n'a pas changé. Deux clients profitent sournoisement de l'habituelle pause thé a la réception pour nous envoyer une assiette de pasteque.
A 7 heures, je m'installe sur le balcon avec l'intention de photographier le coucher de soleil sur le mont Ararat... plus possible : en 2 ans, les nouvelles constructions ont trop poussé.

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